Willys Coupe 1939

Orange express WILLYS COUPE 1939 Vendue neuve en 1939 en Afrique du Sud, la Willys de Louis Stands est revenue il y a une vingtaine d’années aux États-Unis, où elle s’est lentement transformée en gasser compressé. Ce coupé rend un hommage magistral aux engins qui terrifiaient les dragstrips américains dans les sixties. Texte et photos…

Orange express WILLYS COUPE 1939 Vendue neuve en 1939 en Afrique du Sud, la Willys de Louis Stands est revenue il y a une vingtaine d’années aux États-Unis, où elle s’est lentement transformée en gasser compressé. Ce coupé rend un hommage magistral aux engins qui terrifiaient les dragstrips américains dans les sixties.

Willys Coupe 1939 — photo 1

L es coupés Willys fabriqués entre 1933 et 1942 sont intimement liés à l’histoire du drag racing. Dans la seconde moitié des années 50, certains passionnés de drag s’entichèrent en effet de ces autos, y voyant un excellent potentiel, à une époque où la vague des « gassers » déferlait sur les pistes. Parmi leurs principaux atouts : leur poids relativement léger, leur empattement réduit et leur centre de gravité élevé, qui favorisait un transfert de masses efficace lors des départs. Ces voitures, longtemps délaissées par les hot rodders qui les jugeaient peu sexy face aux Ford et Chevrolet, restaient abordables et donc faciles à acquérir. Certes, on croisait rarement des Willys modifiées sur les boulevards, mais elles devinrent vite familières des dragstrips, où elles se révélèrent redoutables. Le coupé 1939 de Louis Stands rend justement hommage à cette nuée de gassers d’antan. Louis, on le connaît bien à Nitro, notamment en raison de son roadster Ford 1932 vert, dévoilé dans nos pages en 2022 (n°316). Dès son plus jeune âge, il découvre les sensations fortes offertes par le motocross et le flat track. Il baigne aussi dans le milieu du hot rodding grâce à son père passionné de V8 — le duo père/fils se rend ainsi régulièrement sur les pistes de drag et dans les rassemblements de rods. Voilà un moment que Louis rêvait de posséder en gasser, « un véhicule difficile à expliquer avec de simples termes », précise-t-il. « Rouler à bord d’une telle voiture, c’est une expérience viscérale impliquant tous les sens. Le bruit du V8, la boule dans la gorge et le rythme cardiaque qui accélère… c’est ça un gasser. Avec mon coupé, je peux facilement me transporter mentalement sur la piste de Lions Drag Strip, à Long Beach, en Californie, en 1964. Je peux m’imaginer aux côtés d’autres Willys d’alors, comme le coupé bleu Stone Woods & Cook, tentant de remporter le trophée ultime — Top Eliminator. » COMME UNE 203 L’exemplaire qu’il a choisi fut fabriqué en 1939. Cette année-là, Willys proposait le Modèle 48, quasiment identique aux versions de 1937 et ’38, caractérisées par leurs phares effilés et intégrés aux ailes avant. En parallèle, les clients pouvaient aussi acquérir le nouveau Modèle 39 au style plus agressif, disponible pendant un an seulement, comme celui de Louis. Il se démarquait grâce à ses phares qui n’étaient pas sans rappeler des lanternes, contribuant au « look de requin » du museau. Son empattement mesurait 259 cm, soit 5 centimètres de plus que celui du Modèle 48 — à titre de comparaison, les berlines Peugeot 203 affichaient 258 cm. La gamme Willys 1939 se contentait d’un 4 cylindres de 134 ci/2,2 litres, développant 48 chevaux pour le Modèle 48 et 61 chevaux pour le Modèle 39. Fait surprenant, l’auto de Louis avait été livrée neuve en Afrique du Sud en version « conduite à droite ». Elle fut importée dans sa version d’origine aux USA il y a une vingtaine d’années par Dave Weissbart, un passionné de Willys originaire du nord de la Californie. Celui-ci la revend par la suite à Ron Clune, fanatique de drags des sixties, qui se charge de la métamorphose en gasser, moteur V8 Hemi compris. Au passage, Ron en profite pour transposer le volant à gauche, tout en conservant le tableau de bord sud-africain spécifique… avec sa boîte à gants à gauche — elle fait donc désormais face au pilote ! Sur celle-ci, notez au passage la présence d’un écusson du concessionnaire Willys de Cape Town ayant vendu la voiture neuve, H. Farber Limited. Ron ne termine pas le projet, équipé à l’époque d’une injection Hilborn récalcitrante. Après son décès, la Willys Gasser WILLYS COUPE 1939

RON CLUNE, FANATIQUE DE DRAGS DES SIXTIES, SE CHARGE DE LA MÉTAMORPHOSE EN GASSER, IL Y A QUELQUES ANNÉES. Impressionnante, la taille du Hemi… Imaginez caser un tel V8 dans une berline Peugeot Prêt pour les pistes de drag : volant type sprint car, compte-tours Sun, pédale Old Gold, etc. La pièce « Safe Driver » (bon conducteur) des années 30 était remise par une société d’assurance. Le genre de claquette qu’on aime bien chausser… Le moteur Chrysler 354 ci compressé autorise un temps de 11,50 secondes à 192 km/h aux 400 mètres. Seul le millésime Willys de 1939 proposait ces phares au look particulièrement agressif. devient la propriété d’un autre passionné habitant de la côte est du pays, Sal Cardella Jr., en 2007. Celui-ci installe deux carbus Holley et profite du véhicule, avant de le céder à Louis en 2023. Jusqu’alors, le coupé n’avait jamais été utilisé sur piste, ce qui incite notre ami à le préparer dans le but de le rendre plus sûr. « J’avais une excellente base, mais il me restait encore pas mal de boulot devant moi », explique-t-il. « J’ai fait appel à Esoteric Speed ​pour régler quelques problèmes de suspension, augmenter la chasse du train avant, monter un boîtier de direction de Chevy Vega, ajouter un arceau et améliorer le plancher. L’équipe s’est aussi chargée de fabriquer les panneaux de porte en alu et la cloison pare-feu arrière. » HAUT SUR PATTES Le look gasser haut perché provient de l’utilisation d’un train avant (I-beam) de Willys et de lames relevées à l’aide de cales. Certaines pièces modernes mais discrètes comme les freins à disques Wilwood améliorent la sécurité des passagers ; d’autres comme les amortisseurs QA-1 permettent des réglages affinés. L’indispensable combinaison « p’tites roues/grosses roues » provient de jantes 4×15 Ansen et 10×15 de marque inconnue, accompagnées de pneus Pro-Trac 5.00-15 à carcasse diagonale et de slicks Radir M/T 10.00- 15. Louis n’étant pas un fan de la finition polie des jantes, il les a peintes en gris — un ton proche du magnésium. La carrosserie entièrement en métal d’époque se contente d’une peinture orange satiné appliquée par Ron. Toutefois, Louis a choisi de lui donner un peu plus de cachet : « Le lettrage “Orange Peel” et les logos ont été réalisés à la main par Chris Garcia. Ils s’accordent avec le caractère, la personnalité et l’esprit sixties du projet. » Ron étant décédé il y a dix-huit ans, personne ne peut confirmer les composants internes qu’il avait choisis pour préparer son Chrysler Hemi 1956 de 354 ci (5,8L). On reconnaît néanmoins la magnéto Joe Hunt et les anciens cache-culbuteurs Mickey Thompson. Ils ont été sablés par Louis afin de s’accorder au compresseur Dyers 6-71 qu’il a monté dans son garage, « pour donner du mordant au V8 », selon ses dires. Le mélange air/ essence transite désormais via deux carburateurs Holley 600 Cfm. Louis avoue que le refroidissement du moteur est relativement inefficace, mais il prévoit de dissimuler un gros radiateur à l’arrière du véhicule. Enfin, une boîte automatique Torqueflite 727 et un pont arrière Ford 9 pouces se chargent d’encaisser les 550 chevaux du bon vieux V8. LE MINIMUM REQUIS Pas de moquette moumoute ni de velours confortable à l’intérieur — ici, c’est l’esprit compet’ qui domine ! La banquette habillée de vinyle noir se marie au plancher dénudé, tandis que le pilote occupe sa vision avec deux grands compteurs Classic Instruments au look vintage, trois anciens compteurs Stewart-Warner et un compte-tours Sun restauré par Williamson Instruments. Un volant type sprint car signé Nick Montoya (avec une attache-rapide) surmonte la colonne de direction en inox. Remarquez aussi les vitres teintées jaunes. Une fois sa Willys soigneusement préparée et réglée, Louis a pu enfin la tester sur les pistes californiennes de Bakersfield, Barona et Irwindale. « Mon objectif était de passer sous la barre des 11 secondes au quart de mile. Pour l’instant, mon meilleur temps est de 11,50 à 192 km/h. Mais quelques modifications devraient me permettre de courir dans les 10 secondes dans un proche avenir. » Aussi bien sur les dragstrips que dans les meetings locaux, le coupé 1939 de Louis ne manque pas d’impressionner. Et ce n’est pas un hasard s’il a remporté son lot de trophées au Grand National Roadster Show, au Goodguys Del Mar Nationals et au March Meet de Bakersfield cette année !

Willys Coupe 1939 — photo 2

De série, les Willys 1939 se contentaient d’un 4 cylindres de 61 ch… soit neuf fois moins que sa puissance actuelle !

Y A DIX-HUIT ANS, PERSONNE NE PEUT CONFIRMER LES COMPOSANTS CHOISIS POUR PRÉPARER LE CHRYSLER HEMI DE 354 CI. Un compresseur Dyers et deux carburateurs Holley surplombent le V8 Chrysler Hemi de 1956. En attendant un radiateur plus imposant monté derrière, l’auto se contente de ce mini-radiateur ! Sur la boîte à gants côté conducteur (!), un écusson du concessionnaire Willys sud-africain. Les pneus Radir 10.00-15 ont suffisamment de rainures pour être légaux… en Californie ! Orange Peel ? Peel signifie à la fois « peau » (d’orange) et « faire crisser les pneus ».

Willys Coupe 1939 — photo 3


Cet article est extrait de Nitro #336, paru le 06/11/2025. Retrouvez tous les numéros sur la page Kiosque.

Ford 1948

Bois Wood…mais FORD 1948 Bien connu dans le milieu pour avoir été le véhicule publicitaire de la firme Oxbow, le Ford Woody 1948 de Marc et Françoise Moreau arbore désormais une belle robe bordeaux après être passé dans les mains expertes d’Eddy Torres… Surfin USA, pas stock !…

Bois Wood…mais FORD 1948 Bien connu dans le milieu pour avoir été le véhicule publicitaire de la firme Oxbow, le Ford Woody 1948 de Marc et Françoise Moreau arbore désormais une belle robe bordeaux après être passé dans les mains expertes d’Eddy Torres… Surfin USA,

Ford 1948 — photo 1

Tout l’esprit des années 40 dans ce magnifique tableau de bord… La sellerie ajoute une belle touche luxueuse et chaleureuse grâce au talent d’Éric Cornesse du Relais De Cuigy à Volnay (72) qui a aussi œuvré en recouvrant les divers pan- neaux gaufrés fabriqués par Eddy Torres. C’est avec ce genre de petits détails que l’on apprécie encore plus ces woodies des années 40 comme le montre cette équerre soutenant les flancs et le l’armature du toit. Les lattes de bois du plafonnier ont été conservées et restaurées.

L es woodies sont un style à part entière dans l’histoire de l’automobile US. Chez nous, ces Woodies des années 40 se comptent sur les doigts d’une main. Il est vrai qu’au sortir du deuxième conflit mondial, l’heure n’était pas trop à l’importation de ce genre de véhicules mais plutôt à celui d’engins de chantier pour la reconstruction du pays. Merci au Plan Marshall… Dans l’imaginaire des gens, la vue d’un break Ford woody fait souvent référence à une plage bordée de palmiers. Cette image iconique ancrée dur comme fer de la planche de surf dépassant du hayon entrouvert, a fait rêver des pans entiers d’amateur de voitures. Cette vision photogénique est surtout apparue dans les années 60 en Californie avec l’avènement de ce sport aux vertus soi-disant ‘’spirituelles’’ qu’est le surf. Relayé par la mode de la ‘’surf music’’ chère aux Beach Boys dans Surfin’ USA (une adaptation de la chanson de Chuck Berry Little Sweet Sixteen), la légende des Ford woody s’est forgée à cette époque-là. RAPPEL HISTORIQUE Historiquement, on doit la production des premiers breaks d’usine (forcément en bois) à l’éphémère marque Star qui en propose à son catalogue dès 1923. Jusqu’à cette date, les carrossiers-constructeurs partaient d’un châssis sur lequel ils montaient leur carrosserie en bois. Reprenant le concept Star à son compte, c’est encore une fois la Ford Motor Company qui a proposé à grande échelle dès 1928 son premier véritable Station Wagon Woody. Durant les années 30, Ford en écoule 3 800 exemplaires par an. L’usine d’Iron Montain dans le Michigan fabriquait une partie des boiseries qui étaient ensuite acheminées chez Murray Body Company à Detroit ou à l’usine Baker-Rawling de Cleveland dans l’Ohio. Le côté exclusif et chaleureux de ces breaks ‘’bois’’ les rends très populaires auprès d’un large panel de la population avec une possibilité d’emmener jusqu’à huit personnes avec une capacité de chargement non négligeable une fois les deux banquettes démontées. En dehors des pick-ups et des versions tôlées destinées en premier lieu à des professionnels, les breaks Ford woody des années 40 sont polyvalents tout en ayant les mêmes qualités routières qu’une berline. Lorsque l’Amérique est contrainte de quitter sa neutralité après l’attaque surprise japonaise sur Pearl Harbor le 7 décembre 1941, la production d’automobiles cesse immédiatement. Quelques rares véhicules millésimés 1942 sortent des usines avant que la Ford Motor Company ne participe à l’effort de guerre. Ce n’est qu’à l’été 1945 que la production d’automobiles reprend doucement avec le style inauguré au début de la décennie. Pour les versions woody millésimées 1946, seule la nouvelle finition Super Deluxe est disponible. L’année 1948 signe la dernière année de production des vrais woodies avant que la Ford 1949 ne révolutionne à jamais le style automobile. À partir de là, la structure des woodies fait partie de la carrosserie acier avec l’avènement de l’emboutissage industriel. SUPPORT PUB IDÉAL Lorsqu’en 1993, la compagnie Oxbow importe des USA ce Ford woody 1948, c’est pour faire sa promo avec cette image iconique se rattachant à l’esprit surf. Pendant trois ans, le woody Oxbow est exposé médiatiquement partout où la marque organise un évènement ciblé où lors de campagnes publicitaires photos. Nitro en fera l’écho en le publiant dans le numéro 174 (à vos reliures !). L’engin est ensuite vendu et reçoit un lifting dans une teinte orangée nacrée par Jean-Marie Bernat, un ami de Jean-François Gros (JF Autos). Au passage, le woody qui arbore désormais des jantes American Torq Thrust, est déchromé tandis que les feux arrière sont frenchés dans les boiseries. Le woody fera sensation lors d’un Euronats qui se tient cette année-là en Belgique. Nous sommes alors dans la première moitié des années 2000. Le break atterrit ensuite chez JF Autos à Jonquières où Marc Moreau s’en rend acquéreur en 2007. Marc Moreau profite un peu du woody avant d’avoir un petit accident à son volant. Le Station Wagon atterrit alors à Dozulé chez Teddy’s Car. Plutôt que de réparer le petit choc, la décision est prise de partir sur un projet beaucoup plus ambitieux en lui redonnant son look d’origine. Au programme, cette touche hot-roddée que l’on voit souvent sur les meetings sud californiens. RETOUR AUX SOURCES Le gros chantier de ce projet va faire appel à des compétences bien spécifiques par la nature du matériau utilisé. Heureusement LE GROS CHANTIER DE CE PROJET VA FAIRE APPEL À DES COMPÉTENCES BIEN SPÉCIFIQUES PAR LA NATURE DU MATÉRIAU UTILISÉ.

Ford 1948 — photo 2

Le small block Chevy 305 ci et sa boite TH350 sont toujours en place. Une simple révision a été prati- quée avant de se focaliser sur l’aspect esthétique. LE MOTEUR CHEVY 305 CI EST SIMPLEMENT RÉVISÉ AVANT DE RECEVOIR UN TRAITEMENT THÉMATIQUE COORDONNÉ. Les poignées sont magni- fiquement mises en valeur sur un ‘’fond bois’’. Inspiré par le système de pivotement des feux de Ford 1950 Woody, Eddy a repris le concept en partant d’une paire de feux de Ford 1937. Le cuvelage arrière et la timo- nerie sont maison ! La climatisation Vin- tage Air a disparu et un boitier de chauf- fage issu d’une épave de break woody 1947 l’a remplacé dans un souci d’authenticité. Si le moteur est bien dé- taillé, il en est aussi de même pour l’habillage du radiateur qui a nécessi- té une semaine entière de travail. Françoise et Marc Moreau sont un couple passionné de culture auto US en mode Hot Rodding. menuisier de formation, l’ami Eddy Torres connait bien le travail du bois. Le processus de restauration d’une boiserie de woody n’est pas aussi simple qu’il n’y parait, loin de là ! Principalement constitué d’érable blanc du Canada, la plupart des éléments sont à changer en dehors de la porte avant gauche, la partie arrière droite et les lattes du plafonnier. Pour restaurer ces boiseries, il faut trouver l’essence de bois adéquat. Miraculeusement, The Druide trouve un tronc d’érable de 6 m de long et 75 cm de diamètre dans une scierie à Lisieux (14). Séché et stocké au sec depuis plus de quinze ans, le premier travail consiste à faire débiter des plateaux de 55 mm d’épaisseur. Chaque pièce de bois nécessitant d’être changée est soigneusement démontée pour servir de gabarit. Pour les pièces de bois massives à reproduire, un encollage en couches successives pour obtenir la bonne épaisseur est nécessaire. Il s’ensuit un traçage avec le gabarit et un dégrossissage à la scie à ruban pour la forme générale. Ensuite, avec l’aide d’une ponceuse à bande utilisant des grains différents (De 40 à 80), Eddy affine les contours. Un travail long et fastidieux avant la création des arasements (ajustements entre les pièces de bois). Les pièces sont ensuite assemblées avec des tenons et des mortaises. Le collage final et la fixation par des vis inox bombées achèvent le processus de reconstruction avant l’étape de finition. Par rapport aux morceaux structurels, la fabrication des placages en chêne encollés sur les panneaux alu existants alors peints en orange nacré est anecdotique. Après un léger égrainage les panneaux sont teintés dans un ton chêne clair contrastant avec l’érable. Pour les finitions, chaque pièce de bois est traitée individuellement avant l’étape de l’assemblage final. À titre d’exemple, il faut une semaine de travail complet pour finaliser une seule porte. LE RETOUR DU ‘’TÔLARD’’ Si la partie carrosserie pure ne concerne au final qu’un bloc avant et deux ailes arrière, les détails ne sont pas oubliés. Le châssis d’origine est équipé d’un train avant droppé de 4’’ avec une lame inversée. Les amortisseurs hydraulique Houdaille à bras sont remplacés par des modèles télescopiques tandis que le boîtier de direction d’Henry Ford est swappé au profit d’un modèle extrait d’une Camaro 1967. Le moteur Chevy 305 ci est simplement révisé avant de recevoir un traitement thématique coordonné. Pour cela, des petites lattes de bois sont judicieusement placées entre les ailettes des cache-culbuteurs striés au look intemporel. Le faisceau d’allumage passe au travers de goulottes ‘’Made in Normandie’’ à la manière des moteur Flat Head. Un gros travail a aussi été entrepris par Eddy pour parfaire le style du compartiment moteur. La bobine est déplacée pour se retrouver encastrée dans le tablier alors que ce dernier est lissé tout en conservant les moulures Ford par pur esthétisme. Au niveau du radiateur placé 5 cm plus bas, l’ami Eddy façonne un carter de radiateur qui l’occupe une semaine entière pour le simple travail du métal. Pour le traitement intérieur, l’accent est mis pour accentuer le côté classieux que représentaient ces véhicules. Pour cela, tous les chromes retrouvent leur place et la partie en tôle du tableau de bord est peinte en beige satiné pour matcher avec la sellerie. Cette dernière est confiée à Thomas Sivry à Flins (78) pour le toit en Alpaga, et à Eric Cornesse au Mans (72) qui prendra le relais pour la sellerie, la moquette et le recouvrement des panneaux dessinés par Eddy. Dans cet intérieur luxueux, les accoudoirs sont fabriqués pour se rapprocher des modèles originaux. Pour le confort, un autoradio Retro Sound est monté tout comme un boîtier de chauffage d’origine glané sur une épave Ford 1947 qu’Eddy possédait. Pour la climatisation, la trappe de ventilation située devant le pare-brise a été remise en service. Et ce petit retour à l’origine s’est avéré bien utile avec les étés caniculaires qui sont de plus en plus fréquents ces dernières années dans l’Hexagone. Marc et Françoise Moreau ont bien profité de leur woody qui coule désormais des jours heureux chez un autre passionné qui, lui, en profite dans le Sud-Ouest dans la région de Biscarrosse, la patrie du surf en France avec Biarritz… Un juste retour dans son élément naturel pour ce woody. Keep on cruising along the beach… Remerciements spéciaux pour Edouard et Marie Boutros pour leur accueil sympathique pour la séance photo.


Cet article est extrait de Nitro #333, paru le 06/03/2025. Retrouvez tous les numéros sur la page Kiosque.

Ford 1933

SzantaiEn Tec Drag city, Jan & chnicolor FORD 1933 Influencé par les drags colorés qu’il a découverts durant son enfance, Coby Gewertz s’est lancé dans la conception d’un hot rod à la fois innovant et… controversé. Son coupé Ford 1933 a depuis remporté les plus hautes distinctions, notam…

SzantaiEn Tec Drag city, Jan &

chnicolor FORD 1933 Influencé par les drags colorés qu’il a découverts durant son enfance, Coby Gewertz s’est lancé dans la conception d’un hot rod à la fois innovant et… controversé. Son coupé Ford 1933 a depuis remporté les plus hautes distinctions, notamment celle de Hot Rod of the Year.

Ford 1933 — photo 1

! ELLE S’INSPIRE DES FABULEUX DRAGS FUNNY CAR DES ANNÉES 60. PROVENANT DE TOWEL CITY, LES CHEATER SLICKS MONTÉS À L’ARRIÈRE SONT LÉGAUX EN CALIFORNIE. À travers l’insert en plexiglas rouge, on dis- tingue les louvers réa- lisés par Bobby Walden. Pédale d’accélérateur Mooneyes… Le reste du pédalier provient de la gamme VW signée Empi. L’instrumentation Stewart-Warner était déjà courante sur les hot rods des années 60, Idéalement positionné, le compte- tours SW (Stewart-Warner) surplombe la colonne de direction. Les sièges servaient auparavant de… chaises d’école ! Notez le dessin inhabituel de la sellerie. La position du volant n’est pas due au hasard, les deux sièges étant placés en arrière.

L e mouvement rod et custom croise souvent son chemin avec l’art. On pense tout particulièrement aux lowriders ornés de peintures sophistiquées, qui s’apparentent parfois à de véritables œuvres d’art. Le Californien Coby Gewertz est bien placé pour le savoir. Après avoir étudié l’art, il s’est taillé une belle réputation en tant que graphiste, créant notamment des affiches de cinéma pour un studio hollywoodien. Nous lui devons aussi le magazine Church, regroupant ses propres photos de voitures aux couleurs vibrantes. VIEILLE CONNAISSANCE Le team de Nitro connaît Coby depuis une douzaine d’années, bien aidé par Van Go, son van Ford Econoline 1963 qui fut dévoilé dans les pages de (feu) notre confrère PowerGlide à l’époque. Sa « camionnette » réside toujours dans son garage aujourd’hui, mais elle est désormais accompagnée de son dernier projet, le coupé Ford 1933 dévoilé dans ces pages. La palette de teintes audacieuses ne manque pas d’attirer l’attention… Ce choix n’a rien d’un hasard. Son père, Bob Gewertz, était en effet impliqué dans le milieu du drag racing dans les années 70 et 80, en tant que pilote de Top Fuel et employé de la National Hot Rod Association. Coby a ainsi passé d’innombrables week- ends sur les pistes de drags, l’amenant à apprécier les Top Fuels, les Funny Cars et d’autres véhicules aux graphismes colorés. Ainsi vient l’idée de créer un hot rod baptisé Saint Christophe, en hommage au saint patron des voyageurs. Inspiré des bolides de sa jeunesse, il se caractérise par ses couleurs osées, son moteur Hemi impressionnant et son look agressif. DESSIN ANIMÉ Tim Conder, « hot rod builder » bien connu, réalise une partie des travaux. Puis c’est au tour de Bill Ganahl de South City Rod & Custom de prendre les rênes du projet, qu’il décrit comme « un dessin animé sur roues. » Il convainc d’abord Coby de sabler la coque du coupé, afin d’en savoir davantage sur son état. Une bonne idée, car le métal s’avère en piteux état ! Si bien que Coby décide de rechercher une carrosserie plus reluisante, trouvant finalement la pièce rare auprès de Mike Wolfe de l’émission de télé American Pickers. Bill et son équipe assemblent un châssis unique susceptible d’accueillir un train avant abaissé et des lames Posies, accompagnés d’amortisseurs Pete & Jakes. Obtenir un rake parfait tient de la gageure, obligeant à utiliser un boîtier de direction de Chevy Vega. À l’arrière, le montage fait appel à des ladder bars et un pont Ford chromé de 9 pouces suspendu par des amortisseurs Aldan. Thème drag racing oblige, Coby opte pour un jeu de jantes Halibrand 4×15 et 10×16 en magnésium, respectivement cerclées de pneus Michelin 145-15 et de « cheater slicks » Towel City. La voiture devait théoriquement recevoir un V8 Chevy small block habillé de nombreuses pièces en magnésium, mais notre héros ne peut refuser l’offre d’un antique moteur Chrysler 331 ci. Celui-ci reçoit de rares cache-culbuteurs Mickey Thompson, une magnéto Joe Hunt et une injection Enderle. Autotrend s’est subtilement chargé de convertir ce système en EFI (injection électronique) pour une utilisation routière beaucoup plus facile. STREET FUNNY CAR Pour une meilleure répartition des masses, les moteurs de drag sont souvent reculés sur le châssis. Le 33 de Coby reprend cette approche, ce qui explique la présence de deux cornets d’injection près du pare- brise. Mais qu’en est-il du système de refroidissement du Hemi ? Afin de dégager visuellement le compartiment moteur à la manière des drags, un radiateur en alu accompagné de deux ventilateurs se cache derrière, sous le coffre. Les chevaux vapeurs transitent via une boîte

Ford 1933 — photo 2

T5 à cinq rapports de Modern Driveline, surmontée d’un levier de vitesses Hurst. L’apparence agressive du coupé provient avant tout du top chop, 4 pouces (10 cm) étant retirés de l’avant du toit et 3,5 de l’arrière. À cela s’ajoute l’allongement des ailes avant, sans oublier le raccourcissement de la jupe et des ailes arrière. Bill et son team ont également créé le capot avant, la paroi pare-feu et le tablier. Remarquez au passage la présence de feux arrière de Corvette de chaque côté du coffre, percé de louvers et reformé avec des coins arrondis. L’auto ne possède pas de phares, mais Coby peut installer une éclairage en quelques minutes pour ses sorties nocturnes. Ils prennent place derrière une calandre de Ford 1934 (et non 1933). Le véhicule, alors en « bare metal » (métal nu), fait sa première apparition au Grand National Roadster Show 2019 de Pomona, en Californie. Les visiteurs adorent le bolide et bombardent son propriétaire de questions, à commencer par : « Ton rod pourra-t-il être conduit sur la route ? » Certes fantastique sans une goutte de peinture, le projet nécessite encore de nombreuses heures de travail… Coby agonise quant aux couleurs et au dessin de l’extérieur, avec toujours dans l’idée de rendre hommage aux drags des années 60/70. Il opte finalement pour une série de bandes verticales angulaires, un véritable défi compte tenu de la courbure des différents panneaux. La peinture utilise de riches teintes House of Kolor, rehaussées de bandes de feuilles d’or. CHAISE D’ÉCOLIER Si l’extérieur ne manque pas de couleurs, l’habitacle fait preuve de sobriété, étant habillé de vinyle noir dans l’esprit des rods version sixties. Coby pose son fessier dans une petite chaise d’écolier (!) rembourrée et fait face à une série de compteurs Stewart-Warner. Mooneyes fournit la pédale d’accélérateur et le volant, tandis que la longue colonne de direction est soutenue par un simple cadre triangulaire. Une plaque en plexiglas rouge transparent prend place sous l’insert de toit percé de louvers par Walden Speed Shop. Il aura fallu cinq ans à l’équipe de South City Rod & Custom pour terminer l’auto, dévoilée lors du Grand National Roadster Show 2023. Coby et Bill savaient que la peinture serait un sujet de discorde ; ils ont donc distribué avec humour des sacs à vomi à quiconque en avait besoin ! Notons que la vieille Ford n’a rien d’une « trailer queen » (reine des remorques), Coby ne possédant pas de… remorque. Toutefois, afin de prouver le caractère routier du véhicule, lui et Bill l’ont inscrit au concours Hot Rod of the Year organisé par Goodguys à Nashville, dans le Tennessee. Cette compétition impliquait un test de fiabilité de 250 kilomètres et un run sur une piste d’accélération locale. Saint Christophe s’est comporté à merveille – à tel point que le coupé a remporté le prix Hot Rod of the Year. Quelques mois plus tard, le magazine Hot Rod élisait la voiture dans son Top 10 de l’année 2023. Controversé. Radical. Le 33 de Coby marquera à jamais l’histoire du hot rodding. Un « big thanks » à Coby pour avoir créé un rod qui repousse les limites de notre hobby. Espérons que ce projet inspirera d’autres passionnés à sortir des sentiers battus…

ROD… POUR LES SORTIES DE NUIT, COBY INSTALLE DEUX PHARES DÉMONTABLES DERRIÈRE LA CALANDRE. Coby a réussi à mettre la main sur une paire de rares cache-culbuteurs M/T (Mickey Thompson). Le moteur étant reculé, deux des huit cornets d’admission empiètent sur le tablier. Silencieux ? Quels si- lencieux ? Ces simples tuyaux évoquent les dragsters d’antan. Les feux arrière de Chevy Corvette des sixties vont de pair avec le look du véhicule. Un détail typique des drags : le réservoir en alu signé Mooneyes monté à l’avant.

Ford 1933 — photo 3


Cet article est extrait de Nitro #332, paru le 09/01/2025. Retrouvez tous les numéros sur la page Kiosque.

Ford 1933

The Hillbilly Moon Explosion, My love for evermore FORD 1933 Le « gène hot rod » se transmet souvent de père en fils, comme le confirmera Scott Smith, qui a grandi dans une famille amoureuse d’automobiles. Scott veille désormais au devenir du Ford 1933 de son père, déc…

The Hillbilly Moon Explosion, My love for evermore

Le « gène hot rod » se transmet souvent de père en fils, comme le confirmera Scott Smith, qui a grandi dans une famille amoureuse d’automobiles. Scott veille désormais au devenir du Ford 1933 de son père, décédé en 2019. Récemment, le coupé a toutefois subit divers changements esthétiques, dans l’esprit des rods agressifs version « sixties ».

Ford 1933 — photo 1

SCOTT. Certes contemporains, les compteurs Classic Instru- ments se marient parfaite- ment au thème du rod. Signé Shaw, le volant du type Sprint Car a reçu une (rare) attache rapide Thomas Engineering. Le réservoir d’essence loge désormais der- rière la paroi du coffre, fini avec le plus grand soin. Du cuir noir habille la banquette Glide Engineering, marque connue pour ses sièges de rods.

L a passion des rods, customs et autres Américaines classiques se diffuse bien souvent de père/ mère en fils/fille. Aujourd’hui encore, constater la présence de plusieurs générations d’une même famille lors de meetings automobiles réchauffe le cœur – cette complicité permet de raviver notre mouvement. Qui sait, peut-être la jeune lignée se lancera dans la restauration d’une Ford Mustang ou la transformation d’une Simca Ariane ? Une telle entente caractérise la relation entre Scott Smith et son père Jim. Ayant grandi dans le Colorado, Jim commença ses aventures dans le milieu custom à la fin des fifties, à l’aide d’un coupé Plymouth 1950 repeint par ses soins. Puis il s’attaque à un coupé Chevy Impala 1960 acheté quasiment neuf et modifié radicalement par ses soins. Durant les années 70, il construit un rod Ford T-bucket en compagnie de Scott (alors lycéen), celui-ci ayant notamment pour tâche de peindre le roadster en noir ! Le duo père/fils parcourt plusieurs milliers de kilomètres à son volant en 1980, pour se rendre tout spécialement en Californie. Une sacrée opportunité pour un teenager fan de rods et customs ! DIRECTION L.A. Attiré par la « car culture » californienne comme nombre d’entre nous, Scott décide de déménager dans la région de Los Angeles en 1986, perfectionnant rapidement ses talents de carrossier et peintre automobile. Il se fait notamment remarquer aux alentours de 1994 avec une Cox noire de 1967 rase bitume, superbement finie, dotée de rares jantes BRM en magnésium et d’un tas d’anciennes pièces Empi. Un an plus tard, il s’attaque à un projet d’un autre style, à savoir un sedan Ford 1946 noir flammé, qui lui vaut un article dans le légendaire magazine The Rodder’s Journal en 1999. L’auto spacieuse sert régulièrement pour les sorties familiales pendant de nombreuses années, tandis que Scott se concentre sur sa carrière chez PPG, marque de peinture bien connue des fans de voitures. Il a récemment pris sa retraite après 22 ans au sein de l’entreprise, où il monta les échelons pour devenir manager de l’une des branches. Aujourd’hui, il profite de son temps libre pour travailler dans son garage sur un sedan Ford 1940 patiné et le coupé Ford 1933 dévoilé dans ces pages. COQUE EN STOCK Le 33 en question appartenait à son père, qui termina ce projet en 2015. En compagnie de son épouse Terry, Jim participa à de nombreux meetings de rods pendant quatre ans – Jim est en effet décédé en 2019. « Mon père n’était pas vraiment un fan de rods Ford des années 30 ou 40, préférant d’autres marques », explique Scott. « Son premier rod était un pickup Dodge 1938, acheté neuf par mon arrière-grand-père et qui est toujours dans notre famille. Mais il appréciait malgré tout les lignes des coupés Ford trois fenêtres de 1933-34, ce qui l’incita à glaner diverses pièces ici et là pour un projet. » Jim possède ainsi de quoi assembler un châssis complet et il part donc à la recherche d’une véritable coque Ford. Peine perdue – impossible de trouver un exemplaire dans un état acceptable. Utiliser une carrosserie en polyester ne lui vient même pas à l’esprit… jusqu’au moment où il découvre un modèle construit par Deuce Customs en Australie ! La qualité et l’authenticité de l’ensemble ne manque pas de le surprendre, si bien que de nombreux propriétaires de « vrais 33-34 » se laissent souvent berner. Jim se porte donc acquéreur d’une telle coque, version 1933. THE PUZZLE Cet amalgame d’éléments de carrosserie et mécaniques sont livrés en Californie chez un ami de Scott, Aaron Broughton, qui dirige l’atelier Foothill Fabrication. Son team talentueux se charge d’assembler

Ford 1933 — photo 2

Pas de flancs de capot sur ce 33, ce qui permet d’admirer l’imposant moteur Chrysler Hemi. Refait par le père de Scott, le V8 Hemi Chrysler 392 ci de 1957 développe 400 ch. Un équipement high- perf typique des années 60 : la magnéto – ici une version Don Zig. L’ex-Ford 1946 de Scott s’est fait remarquer dans les pages de The Rodder’s Journal en 1999. Certes contempo- rains, les compteurs Classic Instruments se ma- rient parfaitement au thème du rod. le puzzle, à commencer par l’authentique châssis qui accueille un train avant droppé de 10 cm, quatre amortisseurs So-Cal Speed Shop et un pont Winters du type « Quick-change » – les tambours Ford de 11 pouces sont dissimulés derrière des caches So-Cal Speed Shop. Pas de modification notable concernant la coque, sachant qu’elle possède déjà les attributs souhaités par Jim : top chop de 7,5 cm, poignées et charnières de porte, ventilation du tablier, pare-brise ouvrant, ouverture manuelle (et fonctionnelle) des vitres latérales et arrière,… Aaron adapte toutefois quelques pièces Ford en métal de 1933, dont le tableau de bord, la paroi pare- feu du compartiment moteur et les tabliers latéraux en-deçà de la calandre. Entre les rails du châssis réside une boite Tremec à cinq rapports, surmontée d’un levier Hurst modifié. Elle encaisse sans broncher les 400 chevaux du V8 Chrysler Hemi 392 ci de 1957, préparé à l’aide de pistons Keith Black et d’un arbre à cames Iskenderian, Edelbrock fournit la pipe d’admission et les deux carbus 500cfm, tandis que les gaz brulés s’échappent via un collecteur Sanderson et des silencieux Smitty, un montage réalisé par Foothill Fabrication. CUIR NOIR Connu pour avoir réalisé des show cars exceptionnels, Wayne Sanders d’Alternative Automotive Design (Colorado) s’occupe de la préparation avant peinture et de l’application du mélange PPG, concocté par Scott bien sûr. Jim s’occupe ensuite du remontage, incluant des phares de Ford 1933-34 commerciaux et des feux arrière de Ford Modèle A. Un autre as du rodding basé dans le Colorado, Eddie Potestio d’Eddie’s Rods and Customs, se charge de la sellerie en cuir noir, accompagnée d’une moquette à maille carrée importée d’Allemagne. L’insert en alu bouchonné par Haneline accueille des compteurs Classic Instruments, qui tiennent compagnie à un rare compte- tours mécanique Jones Motrola (non, pas Motorola !). Notez le volant Shaw de 17 pouces dans le style des modèles utilisés sur les Sprint Cars durant les années 50- 60. Reposant sur une colonne de direction Limeworks, il est surmonté d’un système d’attache rapide Thomas Engineering, hautement recherché des collectionneurs. UN PEU DE MAGNÉSIUM Scott récupère le coupé 1933 après le décès de son père. Il choisit toutefois d’effectuer quelques changements, afin de coller davantage au « look sixties » de ce projet, à commencer par le remplacement des roues noires en tôle par des jantes 5×16 et 7×18 Johnson’s Hot Rod Shop du type Indy en magnésium – elles reçoivent des pneus Excelsior 500R16 et 700R18. Puis viennent les rares freins à disque avant Halibrand, qui équipaient souvent les Indy Cars et Sprint Cars durant les années 60. Sous le capot avant, on trouve aussi une magnéto Don Zig recouverte d’une tête de couleur marron, encore une pièce peu courante. Ces divers changements contribuent à la nouvelle personnalité du bolide, « tout en perpétuant le souvenir de mon père », ajoute Scott. Ce 33 a encore de beaux jours devant lui !

SCOTT A CONFÉRÉ UNE NOUVELLE PERSONNALITÉ AU ROD DE SON PÈRE TOUT EN PRÉSERVANT L’HÉRITAGE FAMILIAL.

Ford 1933 — photo 3


Cet article est extrait de Nitro #330, paru le 11/09/2024. Retrouvez tous les numéros sur la page Kiosque.

Ford 1934

Bois Appelez-moi Vicky FORD 1934 Pour se différencier dans ce monde devenu aseptisé du Hot Rodding, il faut se lever de bonne heure. Pourtant il existe une solution comme celle de partir d’une base très rare à l’image du Ford 1934 Vicky de Philippe Delahaye. Tom Stormy Trio feat Rhythm Sophie, Rockabilly rythm LA P…

Bois Appelez-moi Vicky

Pour se différencier dans ce monde devenu aseptisé du Hot Rodding, il faut se lever de bonne heure. Pourtant il existe une solution comme celle de partir d’une base très rare à l’image du Ford 1934 Vicky de Philippe Delahaye. Tom Stormy Trio feat Rhythm Sophie, Rockabilly rythm

Ford 1934 — photo 1

N’A ÉTÉ PRODUITE QU’À 20 083 EXEMPLAIRES SUR UN TOTAL DE 563 921 MODÈLES SORTIS DES USINES FORD EN 1934. Les sièges de Ford Falcon remplacent la banquette d’origine. Le traitement fauve de l’intérieur contraste à merveille avec la teinte extérieure. L’instrumentation d’origine a laissé sa place à des manos de chez Dolphin. Philippe a tenu à conserver les petits optiques fixés sur les flancs du tablier. Le volant de Chevy 1955 en petit diamètre est plutôt bien intégré à cet intérieur cosy très Classe.

D e nos jours, celui qui n’a pas un Ford 1932 avec une carrosserie Brookville traité dans le style ‘’Nostalgia’’, n’a quasiment pas le droit de cité. Bien sûr on exagère un peu le trait, mais c’est vrai que d’essayer de se différencier face au courant qui domine le plus le monde du Hot Rodding, c’est un peu comme essayer de relancer la mode des peintures fluo et des décos linéaires. Pourtant le Hot Rodding, ce n’est pas seulement des Ford 1932 équipés de moteurs Flat Head avec des peintures façon ‘’Birth of Hot Rodding’’ pour aller faire joujou dans le sable mou et s’enliser en Normandie un week-end par an en se déguisant pour ressembler aux photos parues dans le numéro 1 de Throttle à la fin des années 40 ! Comme on dit, il en faut pour tout le monde et tous les goûts sont dans la nature. Le principal étant de perpétuer cette tradition de rendre très performantes de braves Ford des années 30 avec une attitude au sol et une sonorité politiquement incorrecte. TOUTE UNE HISTOIRE Avec le Ford Deuce 1932, les modèles les plus populaires dans le milieu du Hot Rodding sont les Ford de la période 1933- 34. Depuis les débuts de ce hobby, nombre de Ford de cette période ont marqué de leur emprunte l’histoire du Hot rodding que cela soit en version street ou sur les pistes et lacs asséchés du sud de la Californie. On pense bien sûr au célèbre coupé ultra choppé ‘’2D’’ des frères Pierson ou du coupé So Cal reconnaissable entre tous avec sa célèbre découpe de peinture rouge et blanche. Plus près de nous (enfin, il y a quarante ans !), le regain de popularité de ces Ford est dû au groupe texan ZZ Top avec le coupé Eliminator de Billy F Gibbons. Et c’est peut-être plus grâce à cette auto là que par les références historiques citées plus haut, que l’on croise souvent des Ford 33-34 dans les shows. En France, le phénomène a pris de l’ampleur après la tournée mondiale de ZZ Top de 1983 qui avait fait la promotion en emmenant le fameux coupé aux quatre coins de la planète. Avec un passage remarqué en France, le coupé sera shooté sur les bords de Marne et exposé en vedette américaine durant le salon Auto Festival au Parc Floral de Vincennes. Nombreux sont les amateurs français qui virent pour la toute première fois de leur vie à quoi ressemblait un vrai rod US. Suite à ce salon, de nombreuses réalisations françaises sur base de Ford 1934 se feront jour dans l’Hexagone, quasiment toutes basées sur des coques en polyester souvent venues d’Angleterre. Philippe Delahaye était présent à ce salon comme toute la communauté ‘’custom’’ de France. Notre ami Philippe a pris le train au départ à la fin des années 70 avec la lecture d’Auto Verte qui deviendra Auto-Loisirs avec l’avènement du phénomène 4×4. On peut dire sans se tromper qu’il est un des pionniers du mouvement français. Comme tous ses camarades, il a commencé dès 1979 par des françaises comme la Peugeot 203 qui était la base préférée des rodders tricolores. Sa célèbre 203 Ketchup qui sera publiée dans Rod et Custom N°7 en août 1982 est restée dans les mémoires. Après la disparition de Rod et Custom pour des raisons obscures, c’est dans Nitro en juin 1985 que sera publiée sa Ford Vedette Tranche D’ananas. Acteur passionné et actif dans le milieu alors en pleine ébullition, Philippe Delahaye crée et préside le club des Roadrunners en 1981. Organisant son meeting à Janzé durant plusieurs saisons, un voyage au Street Rod Nats de Columbus en 1990 achèvera notre ami dans le bon sens du terme. À l’époque le mouvement Rod US est à son pinacle avec plus de 12 000 autos. Mais attention, à cette époque, n’entrait dans le Fairground que des autos d’avant 1949 ! Aujourd’hui la National Street Rod Association (NSRA) a ouvert ses meetings aux autos jusqu’aux années 70 au grand dam des vrais rodders qui se retrouvent en fait au milieu d’un show de type Goodguys ! Durant ce trip, Philippe est au paradis comme il le dit si bien et la motivation reprend de plus belle à son

Ford 1934 — photo 2

Seule entorse esthé- tique à l’origine, la calandre peinte ton caisse à cause de son état qui n’aurait pas supporté le bain de chrome. Cette entorse donne un petit air de Ford 1933. Petit accessoire sym- pa que ce déflecteur en verre qui per- met de rouler toute vitre ouverte sans se prendre trop de vent. Les superbes feux ar- rière d’origine au pié- destal magnifiquement dessiné sont des modèles de reproduction. CELA FAISAIT CINQUANTE ANS QUE LA VOITURE ÉTAIT ENTREPOSÉE QUAND PHILIPPE LA RÉCUPÈRE. Au grand désarroi des afficionados du ‘’Put A Ford In Your Ford’’, la mécanique de cette Ford 34 est un small block Chevy 350 ci accouplé à une boîte auto Th350. retour. Après un second voyage en 2001, il en fait un troisième en 2011 grâce à un billet GP de son ami Jean-Luc Lemonnier qui bosse alors à la compagnie nationale. Durant ce trip, il fait la tournée des shops de L.A. avec la visite chez Chip Foose, SoCal Speed Shop, Barry White etc. ANNONCE VAGUE Peu de temps après ce dernier voyage, Philippe qui est comme tous les branchés bagnoles, à l’affût d’une belle annonce sur le Net, repère une annonce en Vendée qui attire son attention. Il y est fait mention d’une Ford 1934 deux portes sans plus de précisions. L’interlocuteur est tellement vague qu’il faudra que notre ami se déplace en personne pour voir cela de plus près. En fait cette Ford 1934 est une version très rare Vicky qui n’a été produite qu’à 20 083 exemplaires sur un total de 563 921 modèles sortis des usines Ford en cette année 1934. De plus, cette Ford fait partie du contingent de Ford assemblées à l’usine d’Asnières. Cela faisait cinquante ans que la voiture était entreposée quand Philippe la récupère. Comme bon nombre de ces voitures des années 30 où la protection anti-corrosion n’existait pas, les bas de caisse, des portes, des panneaux latéraux et du hayon arrière sont bouffés par la rouille. Mais qu’importe, c’est une vraie Ford avec de la tôle originale estampillée Henry Ford. Désirant se faire un rod au look intemporel sans fioritures excessives, Philippe vise juste. La première étape consiste à démonter entièrement l’auto et à répertorier ce qui peut être sauvé, jeté, restauré etc. Ensuite vient l’étape du sablage pour travailler sur de la tôle saine. Le châssis d’origine est conservé et boxé avec des plaques de 3 mm tout du long. Les diverses traverses sont fabriquées pour accueillir la mécanique. Seule la traverse en X est simplement modifiée. Pour le moteur, après un premier moteur soi-disant refait acheté sur annonce et qui s’avéra bien mal en point, Phil commande chez un spécialiste de l’américaine en Allemagne un moteur flambant neuf, histoire de minimiser les soucis. C’est donc un small block Chevy 350 ci qui remplace le vénérable moteur V8 40 Flat Head. Au niveau du train avant, Philippe choisit un train de Mustang II équipé de freins à disques. Pour l’arrière, un pont Chevrolet 10 boulons est maintenu au châssis par un kit 4 barres de chez Speedway aidé par une barre Panhard et suspendu par des combinés ressorts amortisseurs chromés Aldan. Pour assoir le style intemporel recherché, ce sont des roues tôle type ‘’Artillerie’’ de chez Wheel Vintiques en 6×15 et 8.5×15 qui sont retenues par notre rodder. Pour rester dans la thématique classique, les roues sont affublées d’enjoliveurs et de cerclages inox Ford. Pour la couleur, fini le style flashy des débuts du custom et bonjour les teintes se rapprochant des nuanciers d’époque avec un gris souris soutenu vernis et poli lustré. Contrastant avec cette couleur vintage, le travail de sellerie réalisé par l’atelier de sellerie de Michel Orain est de toute beauté sur les sièges avant de Ford Falcon et sur la banquette d’origine. Philippe s’occupera ensuite de la moquette et du ciel de toit. Au tableau de bord, on trouve désormais des compteurs Dolphin au style vintage tandis qu’un volant de Chevy 55 en plus petit diamètre rend la conduite beaucoup plus agréable, bien aidé par la colonne de direction GM de pick-up des années 70 avec levier intégré. Roulant avec son rod depuis quelques temps déjà, Philippe et son épouse Christiane sont de tous les Rods Nats français et sont toujours aussi impliqués dans le milieu rods en tant que spectateurs. Mais un rodder reste-t-il inactif très longtemps ? Rodder un jour, rodder toujours…


Cet article est extrait de Nitro #330, paru le 11/09/2024. Retrouvez tous les numéros sur la page Kiosque.

Ford Coupe 1933

On dit toujours qu’il faut garder son âme d’enfant dans la vie. Pour les rêves, c’est la même chose avec comme exemple l’histoire de Stéphane Savourel, qui s’était promis d’avoir un Hot Rod pour ses 50 ans ! Pour cela il lui faudra deux essais… LA BÊTE NOIRE Elvis Presley, Hound dog LA PLAYLIST…

On dit toujours qu’il faut garder son âme d’enfant dans la vie. Pour les rêves, c’est la même chose avec comme exemple l’histoire de Stéphane Savourel, qui s’était promis d’avoir un Hot Rod pour ses 50 ans ! Pour cela il lui faudra deux essais…

Elvis Presley, Hound dog

Ford Coupe 1933 — photo 1

S téphane Savourel ou ‘’La Banane’’ pour les intimes, est un homme qui touche à tout et qui aime les défis. Branché depuis toujours par le côté rebelle du rockabilly et du rock n’roll, notre passionné du jour est un fan inconditionnel du King Elvis qui à son époque bouleversait déjà les conventions. Agissant presque comme un style de vie, cette notion de vivre à contre-courant des conventions correspond bien aussi au caractère de Stéphane. En ces temps où la musique entretient ses neurones à bon escient et que sa dextérité est mise à mal en construisant des modèles réduits de Hot Rods, ‘’La Banane’’ vit dans sa chambre d’adolescent avec des photos du King partout sur les murs et des odeurs de peinture Humbrol pour les narines. En 1984, à la fin de sa classe de 3e, arrive le moment de choisir sa voie à 15 ans. Pour Stéphane, ce sera l’apprentissage avec une spécialité dans le domaine de la carrosserie automobile. Cette voie lui permet d’assouvir sa passion de l’automobile en redonnant vie à des carrosseries abîmées. À peine son CAP de carrossier en poche, Stéphane poursuit en prenant l’option ‘’peinture automobile’’, histoire de compléter et d’élargir son éventail de compétences. Nous sommes alors en 1986 et la passion pour les bagnoles et les belles de Milwaukee est déjà bien présente dans son esprit. Passionné aussi de motocross, notre ami le pratique ensuite en compétition pendant une douzaine d’années. TOUT EST PERMIS… OU PRESQUE ! La vie déroule pour Stéphane, avec ses deux enfants Jessee et Jimmy, la maison, le mariage. Ses passions sont toujours présentes avec une orientation plus bécanes que bagnoles avec des motos customs qu’il modifie lui-même. Les aléas de la vie font qu’à un moment notre ami a envie de réaliser ses rêves de gosse comme celui de partir aux USA et de s’offrir un rod avant ses 50 ans. Le destin d’une nouvelle rencontre avec Nathalie qui redonne un sens à sa vie et le ciel qui s’éclaircit à nouveau, pousse instinctivement Stéphane à réaliser son rêve de partir aux Etats-Unis pour un premier trip inoubliable qui en appellera beaucoup d’autres. Stéphane et Nathalie reviennent de ce premier voyage avec les têtes remplies d’étoiles. Etant né en 1969, en 2016, à trois ans de l’échéance de ses 50 ans, Stéphane fait une petite séance de ‘’surf’’ sur Craiglist et tombe sur une annonce qui l’accroche avec un Model A 1931 ‘’full fendered’’ coupé 5 fenêtres rodifié. Lorsqu’il clique et l’achète depuis son ordi, c’est un frisson de bonheur inexplicable de passer dans une autre dimension où le raisonnable n’a pas sa place. Même si ce n’est pas totalement le modèle qu’il voulait, ce Ford 1931 lui apporte …la banane à chaque sortie. Trois années s’écoulent avant que notre ami retourne une nouvelle fois aux USA pour le gros meeting Harley de Sturgis dans le South Dakota… UN BLED PAUMÉ AUX USA Lors de ce trip sur les routes du Dakota, Stéphane et ses trois potes font un arrêt au hasard chez un carrossier local. Après avoir sympathisé avec les trois frenchies et quelques boissons mousseuses, Brett Sargent le boss, les emmène faire le tour de visite de sa ville à bord de son van sur des chaises de jardin ! Au détour des amabilités de circonstance, Stéphane demande à Brett s’il ne connaitrait pas des Ford 32 à vendre dans le secteur. Après une brève réponse du genre ‘’C’est dure à trouver ici’’, Brett sort son smartphone et montre la photo du rod que vous êtes en train d’admirer dans ces pages. L’engin n’est pas un Deuce mais

D’UN VÉNÉRABLE MOTEUR BUICK 322 CI DE 1956, L’ATELIER ASSEMBLE LE MOTEUR AVEC EN GUISE DE CERISE SUR LE GÂTEAU UN BLOWER CRAGAR 471. Le pont Halibrand Quick Change Championship est suspendu par une lame transversale de Ford Model A. Quoi de plus cool qu’un micro des années 40 en guise de levier de vitesse pour un fan d’Elvis. L’espace est confiné dans un Hot Rod Choppé. Claustrophobes s’abstenir. La banquette au bâti réalisé sur mesure a été recouverte dans un style classique intemporel collant bien à l’image du rod.

Ford Coupe 1933 — photo 2

un coupé Ford 1933. Ce rod dégage tout ce qu’on recherche dans un vrai Hot Rod avec ce côté sauvage et politiquement incorrect qui correspond à l’état d’esprit de Stéphane. À seulement quatre jours du retour en France, Stéphane est comme un fou en voulant voir immédiatement le rod dans l’après-midi. Devant l’impossibilité pour le voir le jour même, un coup de téléphone du carrossier au propriétaire du rod et un rendez-vous est convenu le lundi, la veille du départ. Comble de chance ou bon alignement des planètes, l’endroit où est visible le coupé Ford 1933 est chez A & A Restorations Hot Rod And Speed Shop à Rapid City (Dakota du Sud), un rod shop situé à seulement 5 mn de l’hôtel des frenchies. La vue en live du rod fait encore plus d’effet sur notre ami mais quand Gene Jobgen, le boss des lieux, lui indique de monter dedans pour aller faire un tour, Stéphane se sent heureux et seul au monde comme Leonardo Di Caprio dans Titanic ! Pas plus vendeur que cela (en apparences…), les deux hommes discutent du prix autour de l’engin mais le prix demandé dépasse un peu le budget de notre passionné. La journée se termine avec échanges de coordonnées, au cas où, et la vie reprend son cours… Quelques mois plus tard, Stéphane décide de se séparer de son Ford 1931 et au même moment Gene Jobgen le recontacte pour lui faire une offre de prix sur le coupé 33. Gros dilemme pour notre ami rodder qui se verrai bien garder les deux. Finalement le coupé Ford 1931 est vendu à un couple de passionnés, Charbo et Alex, qui en prendront vraiment soin. Cette vente a permis à ‘’La Banane’’ d’avoir un bon apport pour s’offrir un des rêves de sa vie avec ce rod ‘’de ouff’’ comme il le dit souvent. SI C’EST TROP FORT… Lorsqu’il entame la construction de ce Ford Coupé 1933, Gene Jobgen a dans l’idée un esprit Bonneville avec un toit passablement choppé comme il en a vu à maintes reprises lors de la Bonneville Speed Week. Quand je lui ai demandé des renseignements sur la taille du toit choppé, il m’a juste répondu qu’il ne savait pas mais que la loi US dans le South Dakota stipule une taille minimum au centre du pare-brise de …6 Inches et plus, soit 15,24 cm ! En voilà un argument politiquement incorrect comme on les aime ! Ça ressemble un peu à la réplique de John Milner dans American Graffiti quand le flic lui dit que sa plaque d’immatriculation avant est trop basse ! Le chassis a été entièrement construit par Gene en mixant des parties d’un châssis de 1932 et 1933. Le train arrière fait appel à un pont Quick Change Championship Halibrand maintenu par une lame de Model A tandis qu’à l’avant on trouve un essieu Magnum droppé de 10 cm. L’amortissement avant se fait toujours par les amortisseurs à friction d’origine alors que le freinage hydraulique est d’origine Ford 40 avec l’appui de tambours Buick à ailettes. Au niveau mécanique, Gene a toujours été un fan des moteurs Buick Nail Heads avec ses couvres-culasses droits. Pour enfoncer le clou et revendiquer ce côté Hot Rod, Gene fait appel à Pro Machine, un atelier motoriste de Rapid City. Sur la base d’un vénérable moteur Buick 322 ci de 1956, l’atelier assemble le moteur avec en guise de cerise sur le gâteau un blower Cragar 471 restauré par Gene. Au-dessus de celui-ci trône une paire de carbus Carter AFB fabriquée par Weber. À lui seul le look du moteur est pour beaucoup dans le feeling de l’engin avec ses échappements de type Sanderson. Dans le cockpit exigu, l’ambiance est aussi sauvage et rock n’roll avec un long levier de vitesses modifié par Stéphane. Au bout de ce levier on trouve un micro des années 40 déniché en 2019 au Swap Meet du show Goodguys de Loveland près de Denver lors du Road Trip pour les 50 ans de notre ami. Le traitement de la banquette custom fabriqué par Gene a été confié à Roy Powell chez Roy Kieth Upholstery tandis que le reste de la sellerie est l’œuvre de Lyle Wainright chez Rapid Upholstery. Avant d’être vendu à Stéphane, ce rod n’a participé qu’à un seul show où il a remporté le Best Hot Rod lors du Counts Car Club Indoor Car Show. Aujourd’hui, les routes bretonnes vibrent au son du Buick Nail Head compressé avec des gens interloqués tout comme les Américains l’étaient en écoutant du rock au début des années 50… Et ça, ce n’est pas pour déplaire à Stéphane dit « La Banane », avec l’adage …Si c’est trop fort, c’est que tu es trop vieux ! LES ROUTES BRETONNES VIBRENT AU SON DU BUICK NAIL HEAD COMPRESSÉ AVEC DES GENS INTERLOQUÉS TOUT COMME LES AMÉRICAINS L’ÉTAIENT EN ÉCOUTANT DU ROCK AU DÉBUT DES ANNÉES 50… Inspiré par les racers entrevus à la Bonneville Speed Week, Gene a in- corporé quelques rangées de louvers sur le toit et le couvercle de malle arrière du coupé. Effet garanti ! Les amortisseurs à friction ori- ginaux ont été conservé pour faire plaisir aux …collectionneurs ! Les backing plates de Ford 40 ont été allégées par le perçage de dizaines de trous. Notez les vrais tambours à ailettes de Buick des années 50.

La force du Hot Rodding est qu’il n’y a pas de règles préétablies comme ici avec le moteur Buick Nail Head 322 cii compressé. Le train avant Magnum percé et droppé de 10 cms est une pièce de choix. Suivant l’humeur de ‘’La Banane’’, les collecteurs de type Sanderson peuvent être débouchés et rompre la paix dans le voisinage envi- ronnant…

Ford Coupe 1933 — photo 3


Cet article est extrait de Nitro #329, paru le 15/07/2024. Retrouvez tous les numéros sur la page Kiosque.

Ford Coupe 1934

Pour être le Président de la France Street Rod Association (FSRA) et faire valoir de manière crédible l’association, il faut être impliqué à fond dans le mouv’. De ce côté-là, Philippe Baes n’a de leçons à recevoir de personne en matérialisant sa passion et son dévouement à la cause au volant de s…

Pour être le Président de la France Street Rod Association (FSRA) et faire valoir de manière crédible l’association, il faut être impliqué à fond dans le mouv’. De ce côté-là, Philippe Baes n’a de leçons à recevoir de personne en matérialisant sa passion et son dévouement à la cause au volant de son coupé Ford 1934 sentant bon les années 90. ZZ Top, Gimme all your lovin

D’ESSAIS TERMINÉES POUR VALIDER LES CHOIX TECHNIQUES, C’EST EN VERSION ‘’IN PROGRESS’’ EN APPRÊT QUE PHILIPPE SE POINTE AU PREMIER ROD NATS DE 1991. Look nineties oblige, l’ins- trumentation digitale repré- sentait le top à l’époque. Le panneau de commande de la suspension se trouve sous le tableau de bord. La superbe sellerie mêlant le style alcantara et simi- li cuir gris a été entièrement réalisée par Pierrot de la Sellerie Pierro’s Workshop à Livarot (14). Le volant banjo ‘’one piece’’ en alu est une pièce de choix. N’est-ce pas Philippe ?

Ford Coupe 1934 — photo 1

A u début des années 80, des revues comme Auto-Verte, Auto- Loisirs, Nitro, Rod et Customs et quelques autres, commencent un lavage de cerveau en mettant l’accent sur une culture automobile venue de l‘Ouest. Ainsi, des mots clef comme ‘’Hot Rod’’ ou ‘’Custom’’ ont petit à petit envahi l’esprit d’une partie des amateurs de voitures anciennes qui écoutait une musique sentant bon le Bayou ou les rues de Memphis, Tennessee. Le but de ces magazines était alors de faire prendre conscience à ces amateurs que l’on peut rouler différemment des autres passionnés à l’ambiance ‘’Crin blanc pâté cornichon 404’’. Pour une certaine frange de cette population avide de s’exprimer sur les routes avec autre chose que la Renault 4 CV de Grand-Papa, la quête du Graal restera longtemps le Hot Rod dans un paysage automobile français morne et sans saveurs. INFLUENCE ZZ TOP Quand Philippe Baes se lance à fond dans le custom en 1982, le mouvement est alors en plein boum dans l’Hexagone. Dans chaque campagne, ça coupe, ça choppe, ça meule et ça transforme des braves autos françaises des années 50/60 pour les faire ressembler aux customs entrevus dans les revues US spécialisées. Son galop d’essai, Philippe le réalise sur une Renault Juva 4 pick-up équipée d’un moteur de R12 et de freins de R8 Gordini. Tout se passe en Bretagne dans la région de Janzé près du fameux club des Roadrunners que notre ami rejoindra plus tard. Après ce premier projet, l’enthousiasme le pousse dans la fabrication d’un autre projet un peu plus ambitieux avec une modification qui fait alors fureur, le top chop. La victime de cette décapitation métallique est un break tôlé Peugeot 203 qui n’a rien demandé à personne et surtout pas de perdre une dizaine de centimètres pour avoir la tête rentrée dans les épaules. Malheureusement ou heureusement suivant que l’on se place du côté de Philippe ou de la voiture (!), l’explosion du réservoir mettra fin au projet d’une façon prématurée. Ce n’est que partie remise pour notre John Milner breton jusqu’au visionnage du clip vidéo Gimme me all your lovin’ de ZZ Top. Ce qui va chambouler à jamais la perception de la personnalisation automobile de Philippe, ce n’est pas le nombre de jolies filles qui sortent du coupé Ford 33 Eliminator personnel de Billy Gibbons, mais plutôt le style râblé de l‘engin avec son toit choppé juste ce qu’il faut pour avoir la langue qui traîne par terre. Avec de nombreuses apparitions très bien filmées, la coolitude de rouler différent Made in Texas enfonce le clou pour les fans dont la langue pend comme celle d’un chien assoiffé en plein cagnard ! Philippe prend conscience que c’est ça qu’il veut et pas un rod ‘’Canada Dry’’. À la fin des années 80, les choses bougent avec un premier trip en Angleterre qui reste le pays le plus proche pour voir de vrais meetings de rods et customs. Avec ses acolytes du club Roadrunners, Michel Thiefine et Jean-Luc Louasil, le trio (non barbu…) part faire leurs emplettes pour ramener un châssis complet pour Michel et une coque poly de coupé Ford 1934 pour Philippe. Fabriquée par la société britannique 34 Corner, la qualité de la coque facilitera le projet. Fin du premier acte ! UN TRAVAIL DE LONGUE HALEINE Une fois l’épreuve des formalités administratives passées, il est temps d’attaquer le projet. Une des premières opérations est de fabriquer des gabarits à partir du châssis de Michel. La découpe des rails de châssis se fait à la disqueuse en respectant toutes les caractéristiques du châssis au niveau des formes et courbures. Pour rigidifier l’ensemble, l’étape du boxage est primordiale. Dans un premier temps, le châssis reçoit un moteur V6 Ford Granada, un pont Jaguar XJ6 et un train avant de Ford Taunus. Pas très glamour ni très ‘’Hot’’ tout cela me direz-vous ! Mais c’est souvent ce type de combo qui était retenu par les rodders français, encore timide à l’idée de rouler avec un gros V8 US. Mais en cours de construction, l’opportunité d’un V8 se présente avec un moteur de Camaro refait à neuf. Le projet prend alors une autre tournure… En ce qui concerne la caisse 34 Corner, celle-ci est renforcée avec la confection d’un arceau 6 points. Suite à la monte des jantes Centerline Convo/Pro trop larges, sur les conseils glanés chez un rodder anglais, Philippe se lance dans le rétrécissement du pont Jaguar. Pourtant même avec cette modif, l’effet voulu n’y est pas. L’élargissement des ailes en poly reste la solution la plus simple pour ajuster

le look final. Au cours de cette phase de construction, Philippe revoit aussi sa copie pour le train avant. Exit donc le train avant Ford Taunus et bonjour la conception d’un train avant à double triangulation de type ‘’Formule 1’’ même si on aurait préféré que notre ami fasse référence à Lil John Buttera. En effet, ce fût lui le premier à faire ce type de train avant sur sa berline Ford Tudor 1926 marron métal dès …1974, bien avant la vague Hi-Tech Billet qui arrivera par la suite avec son roadster Ford 1929 gris métal épuré avec sa fameuse déco de bas de caisse à deux bandes ! Fin de ‘’La minute culturelle de Mr ‘Cyclorod’’ ! Les phases d’essais terminées pour valider les choix techniques, c’est en version ‘’In Progress’’ en apprêt que Philippe se pointe au premier Rod Nats de 1991 qu’il avait lui-même organisé en parallèle de son Rod. C’est lors de ce tout premier French Rod Nats que notre ami prend conscience de l’engouement que suscite les rods en France. Avec un état d’esprit très fédérateur, Philippe se met alors en tête de créer la French Street Rod Association (FSRA), une association regroupant tous ces fans du Street Rodding au sens large du terme. Avec l’aide de l’ami Claude Lefebvre qui a longtemps présidé aux destinées du canard que vous tenez entre les mains (Salut Le Glaude !), Philippe contacte tous les présidents de clubs afin d’essayer de fédérer tout le monde. Cette démarche décriée par certains clubs à l’époque, a finalement porté ses fruits car aujourd’hui la FSRA est toujours là après trente-trois ans d’existence, alors que ces mêmes clubs ont quasiment tous sombré dans l’oubli… TOUT VIENT À POINT À QUI SAIT ATTENDRE Occupé à créer une entreprise et construire sa maison, le projet rod stagne un certain temps. Pour le faire avancer, notre rodder contacte alors son voisin et ami Philippe Delahaye pour faire quelques finitions et peindre son coupé 34 dans un bleu ciel extrait du nuancier Volkswagen New Beetle. Et au final par ‘’finitions’’, il faut aussi comprendre le montage d’une suspension pneumatique… Durant de longues années, le Rod reste ensuite à l’état de projet peint et inachevé chez Philippe Delahaye. Une fois l’entreprise sur les rails et la maison bien avancée, le projet redémarre vraiment en 2015. Durant ce stockage, la peinture a un peu bougé avec des petits défauts d’aspect. Pour corriger cela, c’est Bruno Haton de la Carrosserie Haton au Mans qui se charge d’y redonner son lustre avec une nouvelle peinture. Pour l’ambiance intérieure, le tableau de bord digital conforte le look 90’s avec l’aide d’un faisceau électrique complet Painless en remplacement du faisceau fait maison de la première heure. Pour la sellerie, Philippe fait appel au talent de Pierre-Arnaud Girard de la Sellerie Pierro’s Workshop à Livarot (14), qui réalise un superbe travail sur les sièges Recaro et l’habitacle. Les gabarits des panneaux de porte confectionnés par Philippe reçoivent la même attention dans les tons de gris avec un matériau imitant à la perfection l’alcantara et le simili cuir gris. Aujourd’hui le rod du Président est toujours de la fête quand arrive le Rod Nats Français avec un Philippe toujours sur la brèche pour faire avancer le ‘’Schmilblick’’ en se dévouant littéralement corps et âme pour le bien de tous ! Et rien que pour cela, un grand respect pour une des figures du hot rodding français bien trop discrète… face au défonceurs de portes ouvertes croyant tout savoir avec leurs casquettes en arrière, leurs chaines pendouillantes et leurs attitudes faussement cools ! Keep on Rodding !

Ford Coupe 1934 — photo 2

CONSTRUCTION, L’OPPORTUNITÉ D’UN V8 SE PRÉSENTE AVEC UN MOTEUR DE CAMARO REFAIT À NEUF. LE PROJET PREND ALORS UNE AUTRE TOURNURE… Lors d’un trip aux USA, Phillipe choisit ces fameuses jantes Center- line Convo/Pro dont il en ramera deux en guise de bagage à main… Construit avec un es- prit 90’s dès le début de sa conception, le coupé arbore des feux fins témoignant d’une époque révolue où les rods n’étaient encore obnubilés par le côté ‘’period correct’’. Après une très courte période avec une conception au- tour d’un moteur V6 Granada, c’est une mécanique Che- vrolet 350 ci accouplée à une boite TH400 qui se trouve dans les entrailles du coupé.


Cet article est extrait de Nitro #329, paru le 15/07/2024. Retrouvez tous les numéros sur la page Kiosque.