Willys Coupe 1939
Orange express WILLYS COUPE 1939 Vendue neuve en 1939 en Afrique du Sud, la Willys de Louis Stands est revenue il y a une vingtaine d’années aux États-Unis, où elle s’est lentement transformée en gasser compressé. Ce coupé rend un hommage magistral aux engins qui terrifiaient les dragstrips américains dans les sixties. Texte et photos…
Orange express WILLYS COUPE 1939 Vendue neuve en 1939 en Afrique du Sud, la Willys de Louis Stands est revenue il y a une vingtaine d’années aux États-Unis, où elle s’est lentement transformée en gasser compressé. Ce coupé rend un hommage magistral aux engins qui terrifiaient les dragstrips américains dans les sixties.

L es coupés Willys fabriqués entre 1933 et 1942 sont intimement liés à l’histoire du drag racing. Dans la seconde moitié des années 50, certains passionnés de drag s’entichèrent en effet de ces autos, y voyant un excellent potentiel, à une époque où la vague des « gassers » déferlait sur les pistes. Parmi leurs principaux atouts : leur poids relativement léger, leur empattement réduit et leur centre de gravité élevé, qui favorisait un transfert de masses efficace lors des départs. Ces voitures, longtemps délaissées par les hot rodders qui les jugeaient peu sexy face aux Ford et Chevrolet, restaient abordables et donc faciles à acquérir. Certes, on croisait rarement des Willys modifiées sur les boulevards, mais elles devinrent vite familières des dragstrips, où elles se révélèrent redoutables. Le coupé 1939 de Louis Stands rend justement hommage à cette nuée de gassers d’antan. Louis, on le connaît bien à Nitro, notamment en raison de son roadster Ford 1932 vert, dévoilé dans nos pages en 2022 (n°316). Dès son plus jeune âge, il découvre les sensations fortes offertes par le motocross et le flat track. Il baigne aussi dans le milieu du hot rodding grâce à son père passionné de V8 — le duo père/fils se rend ainsi régulièrement sur les pistes de drag et dans les rassemblements de rods. Voilà un moment que Louis rêvait de posséder en gasser, « un véhicule difficile à expliquer avec de simples termes », précise-t-il. « Rouler à bord d’une telle voiture, c’est une expérience viscérale impliquant tous les sens. Le bruit du V8, la boule dans la gorge et le rythme cardiaque qui accélère… c’est ça un gasser. Avec mon coupé, je peux facilement me transporter mentalement sur la piste de Lions Drag Strip, à Long Beach, en Californie, en 1964. Je peux m’imaginer aux côtés d’autres Willys d’alors, comme le coupé bleu Stone Woods & Cook, tentant de remporter le trophée ultime — Top Eliminator. » COMME UNE 203 L’exemplaire qu’il a choisi fut fabriqué en 1939. Cette année-là, Willys proposait le Modèle 48, quasiment identique aux versions de 1937 et ’38, caractérisées par leurs phares effilés et intégrés aux ailes avant. En parallèle, les clients pouvaient aussi acquérir le nouveau Modèle 39 au style plus agressif, disponible pendant un an seulement, comme celui de Louis. Il se démarquait grâce à ses phares qui n’étaient pas sans rappeler des lanternes, contribuant au « look de requin » du museau. Son empattement mesurait 259 cm, soit 5 centimètres de plus que celui du Modèle 48 — à titre de comparaison, les berlines Peugeot 203 affichaient 258 cm. La gamme Willys 1939 se contentait d’un 4 cylindres de 134 ci/2,2 litres, développant 48 chevaux pour le Modèle 48 et 61 chevaux pour le Modèle 39. Fait surprenant, l’auto de Louis avait été livrée neuve en Afrique du Sud en version « conduite à droite ». Elle fut importée dans sa version d’origine aux USA il y a une vingtaine d’années par Dave Weissbart, un passionné de Willys originaire du nord de la Californie. Celui-ci la revend par la suite à Ron Clune, fanatique de drags des sixties, qui se charge de la métamorphose en gasser, moteur V8 Hemi compris. Au passage, Ron en profite pour transposer le volant à gauche, tout en conservant le tableau de bord sud-africain spécifique… avec sa boîte à gants à gauche — elle fait donc désormais face au pilote ! Sur celle-ci, notez au passage la présence d’un écusson du concessionnaire Willys de Cape Town ayant vendu la voiture neuve, H. Farber Limited. Ron ne termine pas le projet, équipé à l’époque d’une injection Hilborn récalcitrante. Après son décès, la Willys Gasser WILLYS COUPE 1939
RON CLUNE, FANATIQUE DE DRAGS DES SIXTIES, SE CHARGE DE LA MÉTAMORPHOSE EN GASSER, IL Y A QUELQUES ANNÉES. Impressionnante, la taille du Hemi… Imaginez caser un tel V8 dans une berline Peugeot Prêt pour les pistes de drag : volant type sprint car, compte-tours Sun, pédale Old Gold, etc. La pièce « Safe Driver » (bon conducteur) des années 30 était remise par une société d’assurance. Le genre de claquette qu’on aime bien chausser… Le moteur Chrysler 354 ci compressé autorise un temps de 11,50 secondes à 192 km/h aux 400 mètres. Seul le millésime Willys de 1939 proposait ces phares au look particulièrement agressif. devient la propriété d’un autre passionné habitant de la côte est du pays, Sal Cardella Jr., en 2007. Celui-ci installe deux carbus Holley et profite du véhicule, avant de le céder à Louis en 2023. Jusqu’alors, le coupé n’avait jamais été utilisé sur piste, ce qui incite notre ami à le préparer dans le but de le rendre plus sûr. « J’avais une excellente base, mais il me restait encore pas mal de boulot devant moi », explique-t-il. « J’ai fait appel à Esoteric Speed pour régler quelques problèmes de suspension, augmenter la chasse du train avant, monter un boîtier de direction de Chevy Vega, ajouter un arceau et améliorer le plancher. L’équipe s’est aussi chargée de fabriquer les panneaux de porte en alu et la cloison pare-feu arrière. » HAUT SUR PATTES Le look gasser haut perché provient de l’utilisation d’un train avant (I-beam) de Willys et de lames relevées à l’aide de cales. Certaines pièces modernes mais discrètes comme les freins à disques Wilwood améliorent la sécurité des passagers ; d’autres comme les amortisseurs QA-1 permettent des réglages affinés. L’indispensable combinaison « p’tites roues/grosses roues » provient de jantes 4×15 Ansen et 10×15 de marque inconnue, accompagnées de pneus Pro-Trac 5.00-15 à carcasse diagonale et de slicks Radir M/T 10.00- 15. Louis n’étant pas un fan de la finition polie des jantes, il les a peintes en gris — un ton proche du magnésium. La carrosserie entièrement en métal d’époque se contente d’une peinture orange satiné appliquée par Ron. Toutefois, Louis a choisi de lui donner un peu plus de cachet : « Le lettrage “Orange Peel” et les logos ont été réalisés à la main par Chris Garcia. Ils s’accordent avec le caractère, la personnalité et l’esprit sixties du projet. » Ron étant décédé il y a dix-huit ans, personne ne peut confirmer les composants internes qu’il avait choisis pour préparer son Chrysler Hemi 1956 de 354 ci (5,8L). On reconnaît néanmoins la magnéto Joe Hunt et les anciens cache-culbuteurs Mickey Thompson. Ils ont été sablés par Louis afin de s’accorder au compresseur Dyers 6-71 qu’il a monté dans son garage, « pour donner du mordant au V8 », selon ses dires. Le mélange air/ essence transite désormais via deux carburateurs Holley 600 Cfm. Louis avoue que le refroidissement du moteur est relativement inefficace, mais il prévoit de dissimuler un gros radiateur à l’arrière du véhicule. Enfin, une boîte automatique Torqueflite 727 et un pont arrière Ford 9 pouces se chargent d’encaisser les 550 chevaux du bon vieux V8. LE MINIMUM REQUIS Pas de moquette moumoute ni de velours confortable à l’intérieur — ici, c’est l’esprit compet’ qui domine ! La banquette habillée de vinyle noir se marie au plancher dénudé, tandis que le pilote occupe sa vision avec deux grands compteurs Classic Instruments au look vintage, trois anciens compteurs Stewart-Warner et un compte-tours Sun restauré par Williamson Instruments. Un volant type sprint car signé Nick Montoya (avec une attache-rapide) surmonte la colonne de direction en inox. Remarquez aussi les vitres teintées jaunes. Une fois sa Willys soigneusement préparée et réglée, Louis a pu enfin la tester sur les pistes californiennes de Bakersfield, Barona et Irwindale. « Mon objectif était de passer sous la barre des 11 secondes au quart de mile. Pour l’instant, mon meilleur temps est de 11,50 à 192 km/h. Mais quelques modifications devraient me permettre de courir dans les 10 secondes dans un proche avenir. » Aussi bien sur les dragstrips que dans les meetings locaux, le coupé 1939 de Louis ne manque pas d’impressionner. Et ce n’est pas un hasard s’il a remporté son lot de trophées au Grand National Roadster Show, au Goodguys Del Mar Nationals et au March Meet de Bakersfield cette année !

De série, les Willys 1939 se contentaient d’un 4 cylindres de 61 ch… soit neuf fois moins que sa puissance actuelle !
Y A DIX-HUIT ANS, PERSONNE NE PEUT CONFIRMER LES COMPOSANTS CHOISIS POUR PRÉPARER LE CHRYSLER HEMI DE 354 CI. Un compresseur Dyers et deux carburateurs Holley surplombent le V8 Chrysler Hemi de 1956. En attendant un radiateur plus imposant monté derrière, l’auto se contente de ce mini-radiateur ! Sur la boîte à gants côté conducteur (!), un écusson du concessionnaire Willys sud-africain. Les pneus Radir 10.00-15 ont suffisamment de rainures pour être légaux… en Californie ! Orange Peel ? Peel signifie à la fois « peau » (d’orange) et « faire crisser les pneus ».










Cet article est extrait de Nitro #336, paru le 06/11/2025. Retrouvez tous les numéros sur la page Kiosque.













































