Ford 1948

Hot Rod · 10 avril 2025

Ford 1948

Bois Wood…mais FORD 1948 Bien connu dans le milieu pour avoir été le véhicule publicitaire de la firme Oxbow, le Ford Woody 1948 de Marc et Françoise Moreau arbore désormais une belle robe bordeaux après être passé dans les mains expertes d’Eddy Torres… Surfin USA, pas stock !…

Bois Wood…mais FORD 1948 Bien connu dans le milieu pour avoir été le véhicule publicitaire de la firme Oxbow, le Ford Woody 1948 de Marc et Françoise Moreau arbore désormais une belle robe bordeaux après être passé dans les mains expertes d’Eddy Torres… Surfin USA,

Ford 1948 — photo 1

Interieur et habitacle

Tout l’esprit des années 40 dans ce magnifique tableau de bord… La sellerie ajoute une belle touche luxueuse et chaleureuse grâce au talent d’Éric Cornesse du Relais De Cuigy à Volnay (72) qui a aussi œuvré en recouvrant les divers pan- neaux gaufrés fabriqués par Eddy Torres. C’est avec ce genre de petits détails que l’on apprécie encore plus ces woodies des années 40 comme le montre cette équerre soutenant les flancs et le l’armature du toit. Les lattes de bois du plafonnier ont été conservées et restaurées.

Chassis et suspension

L es woodies sont un style à part entière dans l’histoire de l’automobile US. Chez nous, ces Woodies des années 40 se comptent sur les doigts d’une main. Il est vrai qu’au sortir du deuxième conflit mondial, l’heure n’était pas trop à l’importation de ce genre de véhicules mais plutôt à celui d’engins de chantier pour la reconstruction du pays. Merci au Plan Marshall… Dans l’imaginaire des gens, la vue d’un break Ford woody fait souvent référence à une plage bordée de palmiers. Cette image iconique ancrée dur comme fer de la planche de surf dépassant du hayon entrouvert, a fait rêver des pans entiers d’amateur de voitures. Cette vision photogénique est surtout apparue dans les années 60 en Californie avec l’avènement de ce sport aux vertus soi-disant ‘’spirituelles’’ qu’est le surf. Relayé par la mode de la ‘’surf music’’ chère aux Beach Boys dans Surfin’ USA (une adaptation de la chanson de Chuck Berry Little Sweet Sixteen), la légende des Ford woody s’est forgée à cette époque-là. RAPPEL HISTORIQUE Historiquement, on doit la production des premiers breaks d’usine (forcément en bois) à l’éphémère marque Star qui en propose à son catalogue dès 1923. Jusqu’à cette date, les carrossiers-constructeurs partaient d’un châssis sur lequel ils montaient leur carrosserie en bois. Reprenant le concept Star à son compte, c’est encore une fois la Ford Motor Company qui a proposé à grande échelle dès 1928 son premier véritable Station Wagon Woody. Durant les années 30, Ford en écoule 3 800 exemplaires par an. L’usine d’Iron Montain dans le Michigan fabriquait une partie des boiseries qui étaient ensuite acheminées chez Murray Body Company à Detroit ou à l’usine Baker-Rawling de Cleveland dans l’Ohio. Le côté exclusif et chaleureux de ces breaks ‘’bois’’ les rends très populaires auprès d’un large panel de la population avec une possibilité d’emmener jusqu’à huit personnes avec une capacité de chargement non négligeable une fois les deux banquettes démontées. En dehors des pick-ups et des versions tôlées destinées en premier lieu à des professionnels, les breaks Ford woody des années 40 sont polyvalents tout en ayant les mêmes qualités routières qu’une berline. Lorsque l’Amérique est contrainte de quitter sa neutralité après l’attaque surprise japonaise sur Pearl Harbor le 7 décembre 1941, la production d’automobiles cesse immédiatement. Quelques rares véhicules millésimés 1942 sortent des usines avant que la Ford Motor Company ne participe à l’effort de guerre. Ce n’est qu’à l’été 1945 que la production d’automobiles reprend doucement avec le style inauguré au début de la décennie. Pour les versions woody millésimées 1946, seule la nouvelle finition Super Deluxe est disponible. L’année 1948 signe la dernière année de production des vrais woodies avant que la Ford 1949 ne révolutionne à jamais le style automobile. À partir de là, la structure des woodies fait partie de la carrosserie acier avec l’avènement de l’emboutissage industriel. SUPPORT PUB IDÉAL Lorsqu’en 1993, la compagnie Oxbow importe des USA ce Ford woody 1948, c’est pour faire sa promo avec cette image iconique se rattachant à l’esprit surf. Pendant trois ans, le woody Oxbow est exposé médiatiquement partout où la marque organise un évènement ciblé où lors de campagnes publicitaires photos. Nitro en fera l’écho en le publiant dans le numéro 174 (à vos reliures !). L’engin est ensuite vendu et reçoit un lifting dans une teinte orangée nacrée par Jean-Marie Bernat, un ami de Jean-François Gros (JF Autos). Au passage, le woody qui arbore désormais des jantes American Torq Thrust, est déchromé tandis que les feux arrière sont frenchés dans les boiseries. Le woody fera sensation lors d’un Euronats qui se tient cette année-là en Belgique. Nous sommes alors dans la première moitié des années 2000. Le break atterrit ensuite chez JF Autos à Jonquières où Marc Moreau s’en rend acquéreur en 2007. Marc Moreau profite un peu du woody avant d’avoir un petit accident à son volant. Le Station Wagon atterrit alors à Dozulé chez Teddy’s Car. Plutôt que de réparer le petit choc, la décision est prise de partir sur un projet beaucoup plus ambitieux en lui redonnant son look d’origine. Au programme, cette touche hot-roddée que l’on voit souvent sur les meetings sud californiens. RETOUR AUX SOURCES Le gros chantier de ce projet va faire appel à des compétences bien spécifiques par la nature du matériau utilisé. Heureusement LE GROS CHANTIER DE CE PROJET VA FAIRE APPEL À DES COMPÉTENCES BIEN SPÉCIFIQUES PAR LA NATURE DU MATÉRIAU UTILISÉ.

Ford 1948 — photo 2

Sous le capot

Le small block Chevy 305 ci et sa boite TH350 sont toujours en place. Une simple révision a été prati- quée avant de se focaliser sur l’aspect esthétique. LE MOTEUR CHEVY 305 CI EST SIMPLEMENT RÉVISÉ AVANT DE RECEVOIR UN TRAITEMENT THÉMATIQUE COORDONNÉ. Les poignées sont magni- fiquement mises en valeur sur un ‘’fond bois’’. Inspiré par le système de pivotement des feux de Ford 1950 Woody, Eddy a repris le concept en partant d’une paire de feux de Ford 1937. Le cuvelage arrière et la timo- nerie sont maison ! La climatisation Vin- tage Air a disparu et un boitier de chauf- fage issu d’une épave de break woody 1947 l’a remplacé dans un souci d’authenticité. Si le moteur est bien dé- taillé, il en est aussi de même pour l’habillage du radiateur qui a nécessi- té une semaine entière de travail. Françoise et Marc Moreau sont un couple passionné de culture auto US en mode Hot Rodding. menuisier de formation, l’ami Eddy Torres connait bien le travail du bois. Le processus de restauration d’une boiserie de woody n’est pas aussi simple qu’il n’y parait, loin de là ! Principalement constitué d’érable blanc du Canada, la plupart des éléments sont à changer en dehors de la porte avant gauche, la partie arrière droite et les lattes du plafonnier. Pour restaurer ces boiseries, il faut trouver l’essence de bois adéquat. Miraculeusement, The Druide trouve un tronc d’érable de 6 m de long et 75 cm de diamètre dans une scierie à Lisieux (14). Séché et stocké au sec depuis plus de quinze ans, le premier travail consiste à faire débiter des plateaux de 55 mm d’épaisseur. Chaque pièce de bois nécessitant d’être changée est soigneusement démontée pour servir de gabarit. Pour les pièces de bois massives à reproduire, un encollage en couches successives pour obtenir la bonne épaisseur est nécessaire. Il s’ensuit un traçage avec le gabarit et un dégrossissage à la scie à ruban pour la forme générale. Ensuite, avec l’aide d’une ponceuse à bande utilisant des grains différents (De 40 à 80), Eddy affine les contours. Un travail long et fastidieux avant la création des arasements (ajustements entre les pièces de bois). Les pièces sont ensuite assemblées avec des tenons et des mortaises. Le collage final et la fixation par des vis inox bombées achèvent le processus de reconstruction avant l’étape de finition. Par rapport aux morceaux structurels, la fabrication des placages en chêne encollés sur les panneaux alu existants alors peints en orange nacré est anecdotique. Après un léger égrainage les panneaux sont teintés dans un ton chêne clair contrastant avec l’érable. Pour les finitions, chaque pièce de bois est traitée individuellement avant l’étape de l’assemblage final. À titre d’exemple, il faut une semaine de travail complet pour finaliser une seule porte. LE RETOUR DU ‘’TÔLARD’’ Si la partie carrosserie pure ne concerne au final qu’un bloc avant et deux ailes arrière, les détails ne sont pas oubliés. Le châssis d’origine est équipé d’un train avant droppé de 4’’ avec une lame inversée. Les amortisseurs hydraulique Houdaille à bras sont remplacés par des modèles télescopiques tandis que le boîtier de direction d’Henry Ford est swappé au profit d’un modèle extrait d’une Camaro 1967. Le moteur Chevy 305 ci est simplement révisé avant de recevoir un traitement thématique coordonné. Pour cela, des petites lattes de bois sont judicieusement placées entre les ailettes des cache-culbuteurs striés au look intemporel. Le faisceau d’allumage passe au travers de goulottes ‘’Made in Normandie’’ à la manière des moteur Flat Head. Un gros travail a aussi été entrepris par Eddy pour parfaire le style du compartiment moteur. La bobine est déplacée pour se retrouver encastrée dans le tablier alors que ce dernier est lissé tout en conservant les moulures Ford par pur esthétisme. Au niveau du radiateur placé 5 cm plus bas, l’ami Eddy façonne un carter de radiateur qui l’occupe une semaine entière pour le simple travail du métal. Pour le traitement intérieur, l’accent est mis pour accentuer le côté classieux que représentaient ces véhicules. Pour cela, tous les chromes retrouvent leur place et la partie en tôle du tableau de bord est peinte en beige satiné pour matcher avec la sellerie. Cette dernière est confiée à Thomas Sivry à Flins (78) pour le toit en Alpaga, et à Eric Cornesse au Mans (72) qui prendra le relais pour la sellerie, la moquette et le recouvrement des panneaux dessinés par Eddy. Dans cet intérieur luxueux, les accoudoirs sont fabriqués pour se rapprocher des modèles originaux. Pour le confort, un autoradio Retro Sound est monté tout comme un boîtier de chauffage d’origine glané sur une épave Ford 1947 qu’Eddy possédait. Pour la climatisation, la trappe de ventilation située devant le pare-brise a été remise en service. Et ce petit retour à l’origine s’est avéré bien utile avec les étés caniculaires qui sont de plus en plus fréquents ces dernières années dans l’Hexagone. Marc et Françoise Moreau ont bien profité de leur woody qui coule désormais des jours heureux chez un autre passionné qui, lui, en profite dans le Sud-Ouest dans la région de Biscarrosse, la patrie du surf en France avec Biarritz… Un juste retour dans son élément naturel pour ce woody. Keep on cruising along the beach… Remerciements spéciaux pour Edouard et Marie Boutros pour leur accueil sympathique pour la séance photo.


Cet article est extrait de Nitro #333, paru le 06/03/2025. Retrouvez tous les numéros sur la page Kiosque.