Hot Rod · 20 juillet 2024
Ford Coupe 1933
On dit toujours qu’il faut garder son âme d’enfant dans la vie. Pour les rêves, c’est la même chose avec comme exemple l’histoire de Stéphane Savourel, qui s’était promis d’avoir un Hot Rod pour ses 50 ans ! Pour cela il lui faudra deux essais… LA BÊTE NOIRE Elvis Presley, Hound dog LA PLAYLIST…
On dit toujours qu’il faut garder son âme d’enfant dans la vie. Pour les rêves, c’est la même chose avec comme exemple l’histoire de Stéphane Savourel, qui s’était promis d’avoir un Hot Rod pour ses 50 ans ! Pour cela il lui faudra deux essais…
Elvis Presley, Hound dog

Carrosserie et style
S téphane Savourel ou ‘’La Banane’’ pour les intimes, est un homme qui touche à tout et qui aime les défis. Branché depuis toujours par le côté rebelle du rockabilly et du rock n’roll, notre passionné du jour est un fan inconditionnel du King Elvis qui à son époque bouleversait déjà les conventions. Agissant presque comme un style de vie, cette notion de vivre à contre-courant des conventions correspond bien aussi au caractère de Stéphane. En ces temps où la musique entretient ses neurones à bon escient et que sa dextérité est mise à mal en construisant des modèles réduits de Hot Rods, ‘’La Banane’’ vit dans sa chambre d’adolescent avec des photos du King partout sur les murs et des odeurs de peinture Humbrol pour les narines. En 1984, à la fin de sa classe de 3e, arrive le moment de choisir sa voie à 15 ans. Pour Stéphane, ce sera l’apprentissage avec une spécialité dans le domaine de la carrosserie automobile. Cette voie lui permet d’assouvir sa passion de l’automobile en redonnant vie à des carrosseries abîmées. À peine son CAP de carrossier en poche, Stéphane poursuit en prenant l’option ‘’peinture automobile’’, histoire de compléter et d’élargir son éventail de compétences. Nous sommes alors en 1986 et la passion pour les bagnoles et les belles de Milwaukee est déjà bien présente dans son esprit. Passionné aussi de motocross, notre ami le pratique ensuite en compétition pendant une douzaine d’années. TOUT EST PERMIS… OU PRESQUE ! La vie déroule pour Stéphane, avec ses deux enfants Jessee et Jimmy, la maison, le mariage. Ses passions sont toujours présentes avec une orientation plus bécanes que bagnoles avec des motos customs qu’il modifie lui-même. Les aléas de la vie font qu’à un moment notre ami a envie de réaliser ses rêves de gosse comme celui de partir aux USA et de s’offrir un rod avant ses 50 ans. Le destin d’une nouvelle rencontre avec Nathalie qui redonne un sens à sa vie et le ciel qui s’éclaircit à nouveau, pousse instinctivement Stéphane à réaliser son rêve de partir aux Etats-Unis pour un premier trip inoubliable qui en appellera beaucoup d’autres. Stéphane et Nathalie reviennent de ce premier voyage avec les têtes remplies d’étoiles. Etant né en 1969, en 2016, à trois ans de l’échéance de ses 50 ans, Stéphane fait une petite séance de ‘’surf’’ sur Craiglist et tombe sur une annonce qui l’accroche avec un Model A 1931 ‘’full fendered’’ coupé 5 fenêtres rodifié. Lorsqu’il clique et l’achète depuis son ordi, c’est un frisson de bonheur inexplicable de passer dans une autre dimension où le raisonnable n’a pas sa place. Même si ce n’est pas totalement le modèle qu’il voulait, ce Ford 1931 lui apporte …la banane à chaque sortie. Trois années s’écoulent avant que notre ami retourne une nouvelle fois aux USA pour le gros meeting Harley de Sturgis dans le South Dakota… UN BLED PAUMÉ AUX USA Lors de ce trip sur les routes du Dakota, Stéphane et ses trois potes font un arrêt au hasard chez un carrossier local. Après avoir sympathisé avec les trois frenchies et quelques boissons mousseuses, Brett Sargent le boss, les emmène faire le tour de visite de sa ville à bord de son van sur des chaises de jardin ! Au détour des amabilités de circonstance, Stéphane demande à Brett s’il ne connaitrait pas des Ford 32 à vendre dans le secteur. Après une brève réponse du genre ‘’C’est dure à trouver ici’’, Brett sort son smartphone et montre la photo du rod que vous êtes en train d’admirer dans ces pages. L’engin n’est pas un Deuce mais
Sous le capot
D’UN VÉNÉRABLE MOTEUR BUICK 322 CI DE 1956, L’ATELIER ASSEMBLE LE MOTEUR AVEC EN GUISE DE CERISE SUR LE GÂTEAU UN BLOWER CRAGAR 471. Le pont Halibrand Quick Change Championship est suspendu par une lame transversale de Ford Model A. Quoi de plus cool qu’un micro des années 40 en guise de levier de vitesse pour un fan d’Elvis. L’espace est confiné dans un Hot Rod Choppé. Claustrophobes s’abstenir. La banquette au bâti réalisé sur mesure a été recouverte dans un style classique intemporel collant bien à l’image du rod.

Lignes et silhouette
un coupé Ford 1933. Ce rod dégage tout ce qu’on recherche dans un vrai Hot Rod avec ce côté sauvage et politiquement incorrect qui correspond à l’état d’esprit de Stéphane. À seulement quatre jours du retour en France, Stéphane est comme un fou en voulant voir immédiatement le rod dans l’après-midi. Devant l’impossibilité pour le voir le jour même, un coup de téléphone du carrossier au propriétaire du rod et un rendez-vous est convenu le lundi, la veille du départ. Comble de chance ou bon alignement des planètes, l’endroit où est visible le coupé Ford 1933 est chez A & A Restorations Hot Rod And Speed Shop à Rapid City (Dakota du Sud), un rod shop situé à seulement 5 mn de l’hôtel des frenchies. La vue en live du rod fait encore plus d’effet sur notre ami mais quand Gene Jobgen, le boss des lieux, lui indique de monter dedans pour aller faire un tour, Stéphane se sent heureux et seul au monde comme Leonardo Di Caprio dans Titanic ! Pas plus vendeur que cela (en apparences…), les deux hommes discutent du prix autour de l’engin mais le prix demandé dépasse un peu le budget de notre passionné. La journée se termine avec échanges de coordonnées, au cas où, et la vie reprend son cours… Quelques mois plus tard, Stéphane décide de se séparer de son Ford 1931 et au même moment Gene Jobgen le recontacte pour lui faire une offre de prix sur le coupé 33. Gros dilemme pour notre ami rodder qui se verrai bien garder les deux. Finalement le coupé Ford 1931 est vendu à un couple de passionnés, Charbo et Alex, qui en prendront vraiment soin. Cette vente a permis à ‘’La Banane’’ d’avoir un bon apport pour s’offrir un des rêves de sa vie avec ce rod ‘’de ouff’’ comme il le dit souvent. SI C’EST TROP FORT… Lorsqu’il entame la construction de ce Ford Coupé 1933, Gene Jobgen a dans l’idée un esprit Bonneville avec un toit passablement choppé comme il en a vu à maintes reprises lors de la Bonneville Speed Week. Quand je lui ai demandé des renseignements sur la taille du toit choppé, il m’a juste répondu qu’il ne savait pas mais que la loi US dans le South Dakota stipule une taille minimum au centre du pare-brise de …6 Inches et plus, soit 15,24 cm ! En voilà un argument politiquement incorrect comme on les aime ! Ça ressemble un peu à la réplique de John Milner dans American Graffiti quand le flic lui dit que sa plaque d’immatriculation avant est trop basse ! Le chassis a été entièrement construit par Gene en mixant des parties d’un châssis de 1932 et 1933. Le train arrière fait appel à un pont Quick Change Championship Halibrand maintenu par une lame de Model A tandis qu’à l’avant on trouve un essieu Magnum droppé de 10 cm. L’amortissement avant se fait toujours par les amortisseurs à friction d’origine alors que le freinage hydraulique est d’origine Ford 40 avec l’appui de tambours Buick à ailettes. Au niveau mécanique, Gene a toujours été un fan des moteurs Buick Nail Heads avec ses couvres-culasses droits. Pour enfoncer le clou et revendiquer ce côté Hot Rod, Gene fait appel à Pro Machine, un atelier motoriste de Rapid City. Sur la base d’un vénérable moteur Buick 322 ci de 1956, l’atelier assemble le moteur avec en guise de cerise sur le gâteau un blower Cragar 471 restauré par Gene. Au-dessus de celui-ci trône une paire de carbus Carter AFB fabriquée par Weber. À lui seul le look du moteur est pour beaucoup dans le feeling de l’engin avec ses échappements de type Sanderson. Dans le cockpit exigu, l’ambiance est aussi sauvage et rock n’roll avec un long levier de vitesses modifié par Stéphane. Au bout de ce levier on trouve un micro des années 40 déniché en 2019 au Swap Meet du show Goodguys de Loveland près de Denver lors du Road Trip pour les 50 ans de notre ami. Le traitement de la banquette custom fabriqué par Gene a été confié à Roy Powell chez Roy Kieth Upholstery tandis que le reste de la sellerie est l’œuvre de Lyle Wainright chez Rapid Upholstery. Avant d’être vendu à Stéphane, ce rod n’a participé qu’à un seul show où il a remporté le Best Hot Rod lors du Counts Car Club Indoor Car Show. Aujourd’hui, les routes bretonnes vibrent au son du Buick Nail Head compressé avec des gens interloqués tout comme les Américains l’étaient en écoutant du rock au début des années 50… Et ça, ce n’est pas pour déplaire à Stéphane dit « La Banane », avec l’adage …Si c’est trop fort, c’est que tu es trop vieux ! LES ROUTES BRETONNES VIBRENT AU SON DU BUICK NAIL HEAD COMPRESSÉ AVEC DES GENS INTERLOQUÉS TOUT COMME LES AMÉRICAINS L’ÉTAIENT EN ÉCOUTANT DU ROCK AU DÉBUT DES ANNÉES 50… Inspiré par les racers entrevus à la Bonneville Speed Week, Gene a in- corporé quelques rangées de louvers sur le toit et le couvercle de malle arrière du coupé. Effet garanti ! Les amortisseurs à friction ori- ginaux ont été conservé pour faire plaisir aux …collectionneurs ! Les backing plates de Ford 40 ont été allégées par le perçage de dizaines de trous. Notez les vrais tambours à ailettes de Buick des années 50.
Le projet du proprietaire
La force du Hot Rodding est qu’il n’y a pas de règles préétablies comme ici avec le moteur Buick Nail Head 322 cii compressé. Le train avant Magnum percé et droppé de 10 cms est une pièce de choix. Suivant l’humeur de ‘’La Banane’’, les collecteurs de type Sanderson peuvent être débouchés et rompre la paix dans le voisinage envi- ronnant…





Cet article est extrait de Nitro #329, paru le 15/07/2024. Retrouvez tous les numéros sur la page Kiosque.