Hot Rod · 15 juillet 2024
Ford Coupe 1934
Pour être le Président de la France Street Rod Association (FSRA) et faire valoir de manière crédible l’association, il faut être impliqué à fond dans le mouv’. De ce côté-là, Philippe Baes n’a de leçons à recevoir de personne en matérialisant sa passion et son dévouement à la cause au volant de s…
Pour être le Président de la France Street Rod Association (FSRA) et faire valoir de manière crédible l’association, il faut être impliqué à fond dans le mouv’. De ce côté-là, Philippe Baes n’a de leçons à recevoir de personne en matérialisant sa passion et son dévouement à la cause au volant de son coupé Ford 1934 sentant bon les années 90. ZZ Top, Gimme all your lovin
Chassis et suspension
D’ESSAIS TERMINÉES POUR VALIDER LES CHOIX TECHNIQUES, C’EST EN VERSION ‘’IN PROGRESS’’ EN APPRÊT QUE PHILIPPE SE POINTE AU PREMIER ROD NATS DE 1991. Look nineties oblige, l’ins- trumentation digitale repré- sentait le top à l’époque. Le panneau de commande de la suspension se trouve sous le tableau de bord. La superbe sellerie mêlant le style alcantara et simi- li cuir gris a été entièrement réalisée par Pierrot de la Sellerie Pierro’s Workshop à Livarot (14). Le volant banjo ‘’one piece’’ en alu est une pièce de choix. N’est-ce pas Philippe ?

Sous le capot
A u début des années 80, des revues comme Auto-Verte, Auto- Loisirs, Nitro, Rod et Customs et quelques autres, commencent un lavage de cerveau en mettant l’accent sur une culture automobile venue de l‘Ouest. Ainsi, des mots clef comme ‘’Hot Rod’’ ou ‘’Custom’’ ont petit à petit envahi l’esprit d’une partie des amateurs de voitures anciennes qui écoutait une musique sentant bon le Bayou ou les rues de Memphis, Tennessee. Le but de ces magazines était alors de faire prendre conscience à ces amateurs que l’on peut rouler différemment des autres passionnés à l’ambiance ‘’Crin blanc pâté cornichon 404’’. Pour une certaine frange de cette population avide de s’exprimer sur les routes avec autre chose que la Renault 4 CV de Grand-Papa, la quête du Graal restera longtemps le Hot Rod dans un paysage automobile français morne et sans saveurs. INFLUENCE ZZ TOP Quand Philippe Baes se lance à fond dans le custom en 1982, le mouvement est alors en plein boum dans l’Hexagone. Dans chaque campagne, ça coupe, ça choppe, ça meule et ça transforme des braves autos françaises des années 50/60 pour les faire ressembler aux customs entrevus dans les revues US spécialisées. Son galop d’essai, Philippe le réalise sur une Renault Juva 4 pick-up équipée d’un moteur de R12 et de freins de R8 Gordini. Tout se passe en Bretagne dans la région de Janzé près du fameux club des Roadrunners que notre ami rejoindra plus tard. Après ce premier projet, l’enthousiasme le pousse dans la fabrication d’un autre projet un peu plus ambitieux avec une modification qui fait alors fureur, le top chop. La victime de cette décapitation métallique est un break tôlé Peugeot 203 qui n’a rien demandé à personne et surtout pas de perdre une dizaine de centimètres pour avoir la tête rentrée dans les épaules. Malheureusement ou heureusement suivant que l’on se place du côté de Philippe ou de la voiture (!), l’explosion du réservoir mettra fin au projet d’une façon prématurée. Ce n’est que partie remise pour notre John Milner breton jusqu’au visionnage du clip vidéo Gimme me all your lovin’ de ZZ Top. Ce qui va chambouler à jamais la perception de la personnalisation automobile de Philippe, ce n’est pas le nombre de jolies filles qui sortent du coupé Ford 33 Eliminator personnel de Billy Gibbons, mais plutôt le style râblé de l‘engin avec son toit choppé juste ce qu’il faut pour avoir la langue qui traîne par terre. Avec de nombreuses apparitions très bien filmées, la coolitude de rouler différent Made in Texas enfonce le clou pour les fans dont la langue pend comme celle d’un chien assoiffé en plein cagnard ! Philippe prend conscience que c’est ça qu’il veut et pas un rod ‘’Canada Dry’’. À la fin des années 80, les choses bougent avec un premier trip en Angleterre qui reste le pays le plus proche pour voir de vrais meetings de rods et customs. Avec ses acolytes du club Roadrunners, Michel Thiefine et Jean-Luc Louasil, le trio (non barbu…) part faire leurs emplettes pour ramener un châssis complet pour Michel et une coque poly de coupé Ford 1934 pour Philippe. Fabriquée par la société britannique 34 Corner, la qualité de la coque facilitera le projet. Fin du premier acte ! UN TRAVAIL DE LONGUE HALEINE Une fois l’épreuve des formalités administratives passées, il est temps d’attaquer le projet. Une des premières opérations est de fabriquer des gabarits à partir du châssis de Michel. La découpe des rails de châssis se fait à la disqueuse en respectant toutes les caractéristiques du châssis au niveau des formes et courbures. Pour rigidifier l’ensemble, l’étape du boxage est primordiale. Dans un premier temps, le châssis reçoit un moteur V6 Ford Granada, un pont Jaguar XJ6 et un train avant de Ford Taunus. Pas très glamour ni très ‘’Hot’’ tout cela me direz-vous ! Mais c’est souvent ce type de combo qui était retenu par les rodders français, encore timide à l’idée de rouler avec un gros V8 US. Mais en cours de construction, l’opportunité d’un V8 se présente avec un moteur de Camaro refait à neuf. Le projet prend alors une autre tournure… En ce qui concerne la caisse 34 Corner, celle-ci est renforcée avec la confection d’un arceau 6 points. Suite à la monte des jantes Centerline Convo/Pro trop larges, sur les conseils glanés chez un rodder anglais, Philippe se lance dans le rétrécissement du pont Jaguar. Pourtant même avec cette modif, l’effet voulu n’y est pas. L’élargissement des ailes en poly reste la solution la plus simple pour ajuster
Carrosserie et style
le look final. Au cours de cette phase de construction, Philippe revoit aussi sa copie pour le train avant. Exit donc le train avant Ford Taunus et bonjour la conception d’un train avant à double triangulation de type ‘’Formule 1’’ même si on aurait préféré que notre ami fasse référence à Lil John Buttera. En effet, ce fût lui le premier à faire ce type de train avant sur sa berline Ford Tudor 1926 marron métal dès …1974, bien avant la vague Hi-Tech Billet qui arrivera par la suite avec son roadster Ford 1929 gris métal épuré avec sa fameuse déco de bas de caisse à deux bandes ! Fin de ‘’La minute culturelle de Mr ‘Cyclorod’’ ! Les phases d’essais terminées pour valider les choix techniques, c’est en version ‘’In Progress’’ en apprêt que Philippe se pointe au premier Rod Nats de 1991 qu’il avait lui-même organisé en parallèle de son Rod. C’est lors de ce tout premier French Rod Nats que notre ami prend conscience de l’engouement que suscite les rods en France. Avec un état d’esprit très fédérateur, Philippe se met alors en tête de créer la French Street Rod Association (FSRA), une association regroupant tous ces fans du Street Rodding au sens large du terme. Avec l’aide de l’ami Claude Lefebvre qui a longtemps présidé aux destinées du canard que vous tenez entre les mains (Salut Le Glaude !), Philippe contacte tous les présidents de clubs afin d’essayer de fédérer tout le monde. Cette démarche décriée par certains clubs à l’époque, a finalement porté ses fruits car aujourd’hui la FSRA est toujours là après trente-trois ans d’existence, alors que ces mêmes clubs ont quasiment tous sombré dans l’oubli… TOUT VIENT À POINT À QUI SAIT ATTENDRE Occupé à créer une entreprise et construire sa maison, le projet rod stagne un certain temps. Pour le faire avancer, notre rodder contacte alors son voisin et ami Philippe Delahaye pour faire quelques finitions et peindre son coupé 34 dans un bleu ciel extrait du nuancier Volkswagen New Beetle. Et au final par ‘’finitions’’, il faut aussi comprendre le montage d’une suspension pneumatique… Durant de longues années, le Rod reste ensuite à l’état de projet peint et inachevé chez Philippe Delahaye. Une fois l’entreprise sur les rails et la maison bien avancée, le projet redémarre vraiment en 2015. Durant ce stockage, la peinture a un peu bougé avec des petits défauts d’aspect. Pour corriger cela, c’est Bruno Haton de la Carrosserie Haton au Mans qui se charge d’y redonner son lustre avec une nouvelle peinture. Pour l’ambiance intérieure, le tableau de bord digital conforte le look 90’s avec l’aide d’un faisceau électrique complet Painless en remplacement du faisceau fait maison de la première heure. Pour la sellerie, Philippe fait appel au talent de Pierre-Arnaud Girard de la Sellerie Pierro’s Workshop à Livarot (14), qui réalise un superbe travail sur les sièges Recaro et l’habitacle. Les gabarits des panneaux de porte confectionnés par Philippe reçoivent la même attention dans les tons de gris avec un matériau imitant à la perfection l’alcantara et le simili cuir gris. Aujourd’hui le rod du Président est toujours de la fête quand arrive le Rod Nats Français avec un Philippe toujours sur la brèche pour faire avancer le ‘’Schmilblick’’ en se dévouant littéralement corps et âme pour le bien de tous ! Et rien que pour cela, un grand respect pour une des figures du hot rodding français bien trop discrète… face au défonceurs de portes ouvertes croyant tout savoir avec leurs casquettes en arrière, leurs chaines pendouillantes et leurs attitudes faussement cools ! Keep on Rodding !

Le projet du proprietaire
CONSTRUCTION, L’OPPORTUNITÉ D’UN V8 SE PRÉSENTE AVEC UN MOTEUR DE CAMARO REFAIT À NEUF. LE PROJET PREND ALORS UNE AUTRE TOURNURE… Lors d’un trip aux USA, Phillipe choisit ces fameuses jantes Center- line Convo/Pro dont il en ramera deux en guise de bagage à main… Construit avec un es- prit 90’s dès le début de sa conception, le coupé arbore des feux fins témoignant d’une époque révolue où les rods n’étaient encore obnubilés par le côté ‘’period correct’’. Après une très courte période avec une conception au- tour d’un moteur V6 Granada, c’est une mécanique Che- vrolet 350 ci accouplée à une boite TH400 qui se trouve dans les entrailles du coupé.






Cet article est extrait de Nitro #329, paru le 15/07/2024. Retrouvez tous les numéros sur la page Kiosque.