Plymouth (1955)

Faire la Kustom soudure PLYMOUTH (1955) Cette Plymouth 1955 devait initialement servir de daily sans trop de frais, pour « faire la soudure » comme on dit, en attendant la réalisation d’un autre gros projet. Mais comme Félicien Vidal est justement soudeur de métier et que le kustom se pratique sans modération, le daily a fini par déraper… T…

soudure PLYMOUTH (1955) Cette Plymouth 1955 devait initialement servir de daily sans trop de frais, pour « faire la soudure » comme on dit, en attendant la réalisation d’un autre gros projet. Mais comme Félicien Vidal est justement soudeur de métier et que le kustom se pratique sans modération, le daily a fini par déraper… Texte Thibaut Amant, photos Fabrice Berry

D e deux choses l’une, où vous consultez Le petit Perret illustré, où ce sera Wiktionnaire sur le web, tout dépendra de votre génération, nous on préfère l’ami Pierrot et tourner des pages jaunies. Peu importe… Au moment de chercher la définition de « faire la soudure », vous tomberez alors sur : « Gérer la transition entre deux situations se suivant dans le temps ». Et c’est exactement ce qui est arrivé à Félicien avec cette Plymouth 1955. Une Plymouth ? Vos esprits perspicaces voudront rectifier d’eux-mêmes en disant que, tiens, le Réd’Chef a encore ses vapeurs, vu que ça ressemble plutôt à une DeSoto de la même année, rapport à sa calandre dentelée… LA CRISE DE 58 Ouais mais non. Félicien a la clé du mystère : « Au Canada et en Europe, les DeSoto était vendues sous badges et marque Plymouth ». Et comme cet exemplaire est français d’origine – son compteur en km/h et son historique en attestent – tout s’explique… Au début des années 30, Chrysler rachète la marque Dodge Brothers qui inclut DeSoto, et ainsi la Chrys Corp se dote d’une large gamme de marques. Qui s’uniformisent après- guerre. Pour autant, DeSoto tient son rang durant les années 40 et 50 et connaît d’excellentes ventes. En 1955 – année qui nous concerne ici -, les DeSoto comme toutes les voitures du groupe Chrysler adoptent le Forward Look de Virgil Exner, et le styling se différencie notamment des Plymouth par des détails de finition extérieurs comme intérieurs, et une gamme de motorisations différentes. Cependant, comme toutes les marques, DeSoto se prend la crise de 1958 en pleine calandre : tous les constructeurs sont affectés avec plus ou moins de fracas, chez DeSoto c’est plutôt plus. 60 % de ventes en moins par rapport à 1957 ! Ce n’est pas une claque mais plutôt un bourre-pif à la Tyson… Dès lors, la rumeur circule : DeSoto va disparaître. En 1960, il n’y a plus d’exportation vers le Canada. En 1961, c’est plié, DeSoto disparaît. LES POIGNÉES DE PORTIÈRES ONT ÉTÉ SUPPRIMÉES ET ON A L’IMPRESSION QUE ÇA DATE DES ANNÉES 50 ! Kustom PLYMOUTH (1955) Gros travail de peinture sur le toit et le stripping de malle : il y a vraiment des artistes chez nous aussi ! Le traitement couleur des jantes tôle rend vraiment bien. Sous le capot, on trovue désormais un 318 ci de Dodge Challenger.

Plymouth (1955) — photo 1

« DANS SON JUS » EST FINALEMENT UN LOWRIDER DÉMONIAQUE, QUI SERT TOUS LES JOURS. Kustom PLYMOUTH (1955) On ne se rend pas compte en photo du pailleté du vinyle de la sellerie, dommage… c’est si beau ! On trouve plein de petits détails qui font mouche un peu partout… Evidemment, un air ride est de la partie. Le travail de carrosserie est top : les poignées ont été remplacées par de la tôle patina, comme le reste de la peinture… qui est d’origine !

PATINE D’ORIGINE… OU PAS ! Voilà pour la petite histoire. En attendant, ça ne nous explique pas comment Félicien se retrouve avec cette Plymouth- DeSoto : « J’ai eu la chance de faire une sortie de grange en 2011. La voiture était toute d’origine, dans cette couleur de base noire, j’ai par endroits conservé la patine d’origine et la peinture est principalement celle d’origine ». Sauf que tout est bien plus subtil que ça. Car vous aurez remarqué avec vos yeux d’aigle du désert Mojave d’abord que le toit n’était plus noir du tout, ensuite, parce que vous aimez détailler les photos, que les poignées de portières ont été supprimées et qu’on a l’impression que ça date des années 50 ! Bon, bah, il y a des mecs doués, c’est comme ça… Evidemment, le métier de Félicien l’a bien aidé : « Je suis passionné de voitures américaines depuis que je suis môme. Quand il a fallu choisir un métier, je suis parti vers la soudure en me disant que ça m’aiderait forcément dans ma passion ! ». Bon choix, bien joué. Et avec talent, car la patine a été conservée partout où c’était possible et même copiée à l’endroit où il y avait les poignées, ni vu ni connu. DES DESSOUS FIABLES ET PERFORMANTS Initialement, cette Plym’ devait servir de daily en attendant que Félicien réalise un très gros projet. Finalement, la Plym’ aura eu droit elle aussi à un traitement de faveur – « En fait, tout s’est enchaîné… ». Pour finir sur la carrosserie, il ne vous échappera le traitement lowrider du toit : « La peinture a été faite par un copain sur un design de ma composition ». On notera aussi la suppression des enjoliveurs de roues pour un rappel du rouge du toit sur les jantes tôle (avec les pneus à flancs blancs, c’est toujours classieux), tandis que ça ne se voit toujours pas mais Félicien a aussi restauré les bas de caisse ! Vous voulez qu’on continue sur la soudure ? la pose d’un kit air ride complet (le train avant est celui d’origine, mais les amortisseurs ont disparu) a imposé de réaliser un nouveau réservoir à carburant en inox pour que celui-ci soit plus haut et ne touche pas par terre comme celui d’origine. Puisqu’on est sur l’inox, la double ligne avec sortie modifiée est maison également. Côté mécanique, l’idée était donc de rouler facilement partout en Europe et au quotidien (vocation initiale), du coup le moteur a été swappé pour un 318 ci de Dodge Challenger avec la boîte 727 de Challenger également, le tout agrémenté d’un kit Stage 1 CTR pour qu’elle soit un peu plus courte (traduction : ça accélère plus fort au besoin). Le pont est resté d’origine mais passé en 4-links « maison » avec rotules Unibal. Les freins sont ceux d’une Dodge Caliber de 2009. KARSHAPERS & CO Et cette Plymouth qui se la joue « dans son jus » est finalement un lowrider démoniaque, qui sert tous les jours et roule souvent très loin : Félicien fait partie d’un groupe de potes, fans de caisses US comme lui, les Karshapers (et d’ailleurs, avec un peu de chance, on devrait vous montrer prochainement d’autres réalisations de ce groupuscule multi-récidiviste…), et en bons purs et durs, ceux-ci roulent, et en famille : ainsi, Kurtis, le fiston de Félicien, a déjà bien pris le relais, posant pas peu fier sur les photos avec Papa, assis sur le vinyle pailleté de la sellerie chic, arborant son T-shirt Moon Eyes avec une certaine fierté. Kustom not dead… Kurtis, le fils de Félicien, semble déjà bien mordu… Ça donne de l’espoir pour le futur !

Plymouth (1955) — photo 2


Cet article est extrait de Nitro #335, paru le 02/08/2025. Retrouvez tous les numéros sur la page Kiosque.

Cadillac Eldorado 1967

Tahiuan, photos RM Sothebys Hispanic style CADILLAC ELDORADO EL CONQUISTADOR 1967 Entre kustom traditionnel et look chicanos soft, cette Cadillac 1967 surnommée El Conquistador a été réalisée par des pointures de la scène kustom US en 2004, à la demande d’une rock star… First date, Blink 182 Sh…

Tahiuan, photos RM Sothebys Hispanic

style CADILLAC ELDORADO EL CONQUISTADOR 1967 Entre kustom traditionnel et look chicanos soft, cette Cadillac 1967 surnommée El Conquistador a été réalisée par des pointures de la scène kustom US en 2004, à la demande d’une rock star… First date, Blink 182

Cadillac Eldorado 1967 — photo 1

S auf si vous êtes un lecteur assidu de Rock n’Folk ou des Inrocks, ou encore un fan de tout ce qui tourne d’underground dans le rock US, le nom de Travis Barker ne vous dira rien. Le gars est pourtant un batteur reconnu et riche, ayant éclusé depuis 1993 un paquet de groupes punk rock, garage, pop punk et hip hop (Feeble, The Suicide Machines, The Aquabats, Box Car Racers, Expensive Taste…), mais c’est avec les formations Blink 182 et +44 qu’il connaîtra ses meilleurs succès (vous reconnaîtrez vite All the small things à l’écoute, même si vous avez oublié le nom du groupe…). Particulièrement rentables, puisque Travis pourra même s’offrir un Lear-Jet personnel avec pilote à demeure ! Une idée finalement pas terrible : en 2008, il réchappe de justesse (graves brûlures) à un crash au décollage, qui coûtera la vie à quatre personnes à bord ! Finalement le batteur tatoué à la coupe iroquoise se sentira bien mieux sur quatre roues et avouera – malgré la présence d’un pick- up Chevrolet 1951 customisé, d’une Buick Riviera 1964 et d’une Chevrolet Impala 1963 low riders dans son garage – une passion sans borne pour les Cadillac des sixties… Après l’achat d’une De Ville 1966, Travis n’hésite donc pas en 2004 à claquer plusieurs (beaucoup…) dizaines de milliers de dollars dans l’achat d’El Conquistador. Un nom hispanique qui traduit bien l’esprit mi-kustom mi-chicanos qui anime la personnalisation de ce coupé Eldorado de 1967. A l’origine, ce n’est déjà pas une Cadillac bien banale. Le 6 octobre 1966, un tout nouveau type de Cadillac est arrivé chez les concessionnaires. L’énième évolution du coupé Eldorado, avec son style de coupé ultra-tranchant et sa traction avant, a marqué un changement majeur par rapport à la tradition de la marque. Succès instantané auprès des acheteurs, puisque 17 930 exemplaires seront produits pour 1967, tous pourvus d’un énorme 429 ci de 340 hp. Une base peu commune dans le milieu kustom, alors que le styling fantastique d’origine se prête pourtant à bon nombre de propositions. Dont celle concoctée sur El Conquistador par la pointure du genre depuis un bon paquet de décennies, John D’Agostino. LES BONNES FÉES John D’Agostino a eu de la chance car sa ville natale de Pittsburg et la ville voisine d’Antioch étaient des hauts lieux des voitures personnalisées lorsqu’il a grandi. Les voitures construites par Barris, Bailon, Winfield et d’autres ont fait leur apparition dans les drive-in locaux de Hazel’s et Panther dans les années 50 et 60. Inspiré par les maîtres, la première customisation de D’Agostino fut une Chevy 56 rabaissée, peinte en deux tons violet et blanc, il était encore ado. Juste avant de quitter l’université, John a commandé une nouvelle Pontiac Grand Prix 1970 et l’a apportée directement chez Art Himsl à Concord, en Californie, pour la personnaliser. Elle a été

JOHN D’AGOSTINO ENCHAÎNE LES KUSTOMS AU RYTHME D’UN OU DEUX PROJETS ANNUELS, DEPUIS LES ANNÉES 70. Si le mobilier d’origine transparaît, le traitement bicolore et le travail de sellerie sont remarquables.

Cadillac Eldorado 1967 — photo 2

Sous le capot, tout reste très propre mais d’origine : le but n’était pas d’en faire un monstre de puissance chromé. présentée pour la première fois au Oakland Roadster Show 1970, où elle a remporté le prix « Outstanding Custom ». D’Agostino a présenté la Pontiac à tous les salons ISCA de la côte ouest en 1970 et 1971. Dès lors, John D’Agostino enchaînera les kustoms au rythme d’un ou deux projets annuels (on se souvient notamment de la Packard Rita 1958, et de plusieurs Cadillac d’anthologie dont la Elvis III, toutes traitées low riders), avec à chaque fois des récompenses dans les plus grands shows US et une exposition soutenue au Petersen Museum. Vous pouvez voir ses travaux – généralement sous-traités par divers ateliers, peinture, sellerie, carrosserie… – sur son site web Celebrity Kustoms. Parmi ses autos, donc, cette Cad’ 67 El Conquistador. Faisant ses débuts au Grand Nation Roadster Show 2004, où elle a reçu le prix Best of Show, El Conquistador avait été considérablement modifiée, notamment par un travail de peinture à couper le souffle réalisé par le customiseur Gene Winfield (pratiquement l’équivalent de George Barris, avec un lourd passif de véhicules de cinéma et des études pour le fabricant de modèles réduits AMT). Les poignées de porte supprimées comme la trappe à essence, les emblèmes et les serrures garantissent des lignes douces et nettes, mises en valeur par des feux arrière personnalisés. L’intérieur comprend des sièges avant et arrière rembourrés sur mesure, une garniture de toit, un tableau de bord, un accoudoir, des panneaux de porte, un coffre et un volant personnalisé. SUREXPOSITION Après plusieurs années d’exposition au célèbre Petersen Automotive Museum de Los Angeles, en Californie, « El Conquistador » a été acquise par Travis Barker, puis revendue avec le reste de sa collection en 2019 par RM Sothebys en Arizona. Ce kustom aux lignes classiques et aux codes subtilement dispensés s’est échangé pour environ 50 000 dollars, ce qui est somme toute une bonne affaire compte tenu des signatures ayant œuvré sur la bête…

D’EXPOSITION AU CÉLÈBRE PETERSEN AUTOMOTIVE MUSEUM DE LOS ANGELES, EN CALIFORNIE, « EL CONQUISTADOR » A ÉTÉ ACQUISE PAR TRAVIS BARKER.

Cadillac Eldorado 1967 — photo 3


Cet article est extrait de Nitro #331, paru le 14/11/2024. Retrouvez tous les numéros sur la page Kiosque.