Restomod · 14 novembre 2024
Chevrolet Corvette 1963
Szantai Silver b CHEVROLET CORVETTE 1963 La catégorie de drag Pro Mod accueille une meute de coupés capable de passer la ligne des 400 mètres à plus de 300 km/h. Imaginez un instant l’une de ces autos, transformée pour une utilisation routière… Le résultat pourrait ressembler à la Corvette 1963 de 1 500 ch appart…
Szantai Silver b CHEVROLET CORVETTE 1963 La catégorie de drag Pro Mod accueille une meute de coupés capable de passer la ligne des 400 mètres à plus de 300 km/h. Imaginez un instant l’une de ces autos, transformée pour une utilisation routière… Le résultat pourrait ressembler à la Corvette 1963 de 1 500 ch appartenant à Keith Shakespeare !
bullet Master of puppets,

D epuis l’avènement des courses de dragsters il y a environ soixante- quinze ans, d’innombrables « street cars » ont évolué pour devenir d’authentiques « drag machines ». Toutefois, l’approche inverse (à savoir des voitures construites exclusivement pour les runs et qui retournent par la suite sur les boulevards) n’est certainement pas la norme. Keith Shakespeare possède justement l’une de ces autos insolites. Sa Corvette de 1963 s’est fait tout particulièrement remarquer dans la catégorie Pro Mod durant les années 90, avant d’être transformée en street machine peu docile, équipée d’un V8 de 1 500 ch. Pour mieux comprendre le concept de la Corvette de ce résident californien, nous devons d’abord faire un aparté concernant la classe Pro Mod. Celle-ci suit les traces de nombreuses autres catégories de drags, qui impliquaient des « door slammers » – des voitures dotées de portes fonctionnelles de série ! Ces bolides se trouvaient bien souvent rassemblés dans des catégories dites « Gasser », dont l’origine remonte aux années 50. Elles accueillaient initialement un tas d’autos neuves, principalement américaines, fraîchement acquises chez les concessionnaires locaux, mélangées à des voitures plus anciennes. Mais au fil du temps, les Gassers sont devenus des véhicules réservés uniquement aux dragstrips, avec peu d’utilisation routière – voire aucune. Leur succès auprès du public n’est pas étranger à l’avènement des premiers Pro Stock dans les années 70. 300 KM/H CHRONO Au fil du temps, les « door slammers » deviennent encore plus farouches, utilisant des compresseurs, des turbocompresseurs et des kits nitrous oxide. Certains championnats de drag US décident d’adopter ces véhicules, notamment l’IHRA (International Hot Rod Association) qui leur donne une place de choix en 1990 – ainsi naît la catégorie Pro Mod. Les règles d’alors s’avèrent simples, les voitures dopées au nitrous étant limitées à 710 ci (11,7 l), tandis que les moteurs compressés ou turbocompressés se contentent de 526 ci (8,7 l). Les spectateurs adorent le spectacle offert par cette meute d’engins capables de franchir la ligne des 400 mètres à plus de 300 km/h. Et parmi eux, la Corvette que voici… Elle adopta plus tard sa tenue actuelle plus civilisée (bon, à peine !) pour une utilisation routière, grâce à son précédent propriétaire originaire de l’Ohio, Bill Mullins. Nous avons découvert le coupé gris métallisé pour la première fois au Grand National Roadster Show cette année, où il était exposé dans le Hall n°9. Ce dernier accueillait 80 autos regorgeant de puissance dans le cadre d’une exposition intitulée « Street Machines : Then & Now » (voir Nitro n°327). Parcourant les allées, nous avons été constamment attirés par « Silver Bullet » ladite Vette de 63, d’où l’idée de la photographier. WILLYS CONTRE VETTE Plus tard, nous retrouvons Keith pour une séance photo, durant laquelle il nous raconte son parcours dans le milieu du hot rodding. « Mon père était un passionné de voitures, qui en a restauré un tas. Celle dont je me souviens le mieux est une Ford Modèle T 1911 entièrement d’origine – j’avais environ 10 ans. Il l’a refaite de A à Z sur plusieurs années. » Keith a également possédé divers véhicules craquants. « Ma première voiture était une Plymouth Barracuda fastback de 1967, que j’ai « hot rodée » bien sûr. Plus tard, j’ai eu un coupé Ford trois fenêtres 1934, une Dodge Challenger 440 de 1970, une Anglia de 1959 pro street, une Austin de 1948 pro street et un coupé Willys de 1941, pour ne citer que les véhicules les plus intéressants. » Puis il s’entiche de sa Corvette de 1963 ex-Pro Mod, modèle culte car premier de la génération C2 (1963-67). Notons que la vitre arrière séparée dite « split » disparaîtra en 1964. La coque dévoilée ici est une version plus légère fabriquée par Hairy Glass, société basée en Floride. Créée en 1972, elle fournit aujourd’hui encore une gamme étendue de carrosseries en fibre de verre et en carbone aux drag racers. Keith avoue qu’il n’avait aucunement l’intention d’acquérir
WHEELIE BARS, PARACHUTE, AILERON… CLAIREMENT, UNE STREET MACHINE PAS COMME LES AUTRES ! Arceau oblige, il faut jouer les contorsionnistes avant de s’installer dans le siège du pilote ! Le pilote fait face à divers compteurs Autometer – plus deux autres montés devant le pare-brise. Courant sur les drags, le levier de vitesse Hurst enclenche les rapports de la boîte PowerGlide. Colonne de direction allongée, car le siège est reculé pour une meilleure répartition du poids.

Malgré sa puissance de 1 500 ch, le V8 de 9,2 l reste utilisable assez facilement sur la route. La furieuse mélodie du V8 compressé s’échappe via huit tubes latéraux… sans silencieux. Les jantes Weld ont reçu des pneus Mickey Thompson et Hoosier typés « route/drag ». Boîtier près du pare- brise… Le bouton Wa- ter sert à asperger les pneus arrière avec de l’eau. Un extinc- teur de bon ton (avec des flammes sur le pourtour) réside sur le tableau de bord. une Vette, mais une annonce sur Facebook éveilla son intérêt. « J’ai vu cette ancienne Corvette Pro Mod de 1963 proposée à la vente par Bill Mullins, qui l’avait transformée en Pro Street », se souvient-il. « Il était prêt à l’échanger. Je lui ai proposé ma Willys de 1941, un deal qui nous a tous deux satisfaits. » Lorsqu’il reçoit le véhicule, Keith cache difficilement sa joie. Le coupé est en très bon état avec un moteur neuf assemblé par Randy McDowell de Power Tech Racing Engines dans le Kentucky. Cette mécanique remplace le V8 de 588 ci (9,6 l) de courses alimenté à l’alcool, utilisé en Pro Mod dans les années 90, qui permettait à la Corvette d’avaler le quart de mile en 7,5 secondes. MÉLI-MÉLO DE TUBES Le châssis tubulaire version Pro Mod, qui intègre quatre amortisseurs à ressorts hélicoïdaux, reste en place. « Il possédait une finition de couleur grise, mais j’ai décidé de le repeindre en rouge », ajoute Keith. « J’ai donc passé quelques semaines à tout masquer et à peindre l’ensemble. Le résultat est plutôt cool, même si cela m’a pris bien plus de temps que prévu. » Au milieu de ce méli-mélo de tubes se trouve une boîte auto GM PowerGlide, suivie d’un pont arrière Ford 9 pouces. Soulignons aussi la présence de freins à disque Wilwood à l’avant et à l’arrière, recouverts de jantes Weld Alumastar en 6×15 et… 15×15. Elles reçoivent respectivement des pneus Mickey Thompson Sportsman 24×5-15 et Hoosier 33×22.5-15. Outre cette gomme arrière titanesque, d’autres composants nous rappellent que le véhicule a été conçu à l’origine pour les courses de drags, de l’aileron arrière aux wheelie bars en passant par le parachute et les pare-chocs peints en trompe-l’œil. Power Tech Racing Engines assemble donc le V8 de 565 ci (9,2 L) en utilisant des pièces hi-perf éprouvées : bloc Merlin, culasses Brodix, compresseur TBS 8-71, carburateurs Quick Fuel 950cfm, boîtier d’allumage MSD 7AL… Keith possède un capot avant, qu’il installe rarement. « Les curieux veulent toujours voir le moteur de toute façon », commente-t-il. Les gaz sont évacués via un échappement sur mesure, accompagné de huit zoomies. Bruyant ? Plutôt, oui ! Note héros s’est fait arrêter par la maréchaussée locale il y a peu de temps. Il craignait de recevoir (au mieux !) un PV en raison du raffut de la mécanique… Heureusement, il a rapidement compris qu’il était hors de danger une fois que l’officier a commencé à discuter des détails du V8. ON FAIT UN TOUR ? Une paire de sièges en alu Jaz accueille le pilote et le copilote, tous deux bien protégés par l’arceau. Remarquez la position de conduite, plus en arrière pour une meilleure répartition des masses. Cet agencement explique l’utilisation d’une colonne de direction allongée sur laquelle se fixe un volant amovible NRG Innovations. Plusieurs éléments renforcent l’ambiance « courses » de ce projet, dont les panneaux de porte en alu et l’instrumentation Autometer montée dans le tableau de bord style Corvette 1963. N’oublions pas les deux autres compteurs Autometer situés de l’autre côté du pare-brise (pressions de suralimentation et d’essence). Un boîtier de commande installé au-dessus du pare-brise intègre divers voyants, fusibles et interrupteurs. Celui indiquant « Water » sert à pulvériser de l’eau directement sur les pneus, une option bienvenue avant d’effectuer un burnout fumeux – un petit réservoir en alu se cache derrière le siège passager. Au final, une sacrée street machine, cette Corvette ! Certains détails risquent de faire sourciller les cops les plus pointilleux, même si Keith a tous les documents prouvant que sa Corvette est légalement immatriculée et autorisée à circuler sur la route. Bien sûr, l’auto n’est pas faite pour conduire de Los Angeles à New York, mais not re ami se rend régulièrement par la route à divers meetings dans un rayon de 40 km. Et Keith est comme un gamin à son volant, domptant le moteur de 1 500 ch, le volant et les pédales avec talent, un fait que nous avons vérifié lors d’un tour du pâté de maisons… Clairement une expérience que nous ne sommes pas prêts d’oublier !
LÉGALE ? TOUT JUSTE… EN FAIT, TOUT DÉPEND DE L’HUMEUR DU « COP » ET LE TEMPS QU’IL SOUHAITE PASSER, CALEPIN EN MAIN !





Cet article est extrait de Nitro #331, paru le 14/11/2024. Retrouvez tous les numéros sur la page Kiosque.