Reportage · 30 mai 2025
Nash Healey Le Mans
Laperruque, photos Vincent Lyky Transatl NASH HEALEY LE MANS L’histoire de l’industrie automobile est un puits sans fond et ne devrait plus nous surprendre. Pourtant, cette Nash Healey n’aurait jamais vu le jour si un industriel américain, propriétaire de Nash, et le patron d’un petit constructeur Britannique au bord de la…
Laperruque, photos Vincent Lyky Transatl NASH HEALEY LE MANS L’histoire de l’industrie automobile est un puits sans fond et ne devrait plus nous surprendre. Pourtant, cette Nash Healey n’aurait jamais vu le jour si un industriel américain, propriétaire de Nash, et le patron d’un petit constructeur Britannique au bord de la faillite n’avaient pas partagé leur passion commune pour…la photographie. Sous ses allures très élégantes, cette Nash Healey Le Mans a une histoire bien rock’n roll.
Performance et piste
lantique All right now, L a Nash Healey Le Mans est une énigme. Comment une voiture peut-elle porter le nom d’un constructeur américain, Nash, d’un constructeur anglais, Healey, et d’une ville bien française, connue pour ses rillettes au cochon et pour son circuit automobile ? LES FORCES EN PRÉSENCE Nash Motors fut constructeur automobile, aux Etats-Unis d'Amérique, à partir de 1914. C’est un ancien cadre de General Motors, Charles W. Nash qui achète la Thomas B. Jeffery Company qui existe depuis 1902. En 1938, Nash fusionne avec Kelvinator et devient la Nash-Kelvinator Corporation. En 1954, année de fabrication du modèle présent dans ces pages, la société va s’unir avec la Hudson Motor Car Company pour former American Motors Corporation. AMC devient alors le quatrième plus grand constructeur automobile aux Etats-Unis. Donald Healey lui, est un sacré personnage. Né à Perranporth, une plage de Cornouailles, Healey s'intéresse très tôt à la mécanique, et plus particulièrement aux avions. Au point de se porter volontaire au début de la Grande Guerre, dans le Royal Flying Corps, et d'obtenir son brevet de pilote d'avions en 1916. Il sert alors dans la patrouille anti-Zeppelin, et comme instructeur de vol. Abattu par la défense anti-aérienne britannique par erreur lors du retour de l'une des premières missions de bombardiers de nuits de la guerre, il est réformé de la RFC à l'âge de 18 ans pour blessure. Devenu pilote, il cumule les victoires dont une au rallye de Monte-Carlo en 1931. En 1945 il fonde la société Donald Healey Motor, dans le but de fabriquer des voitures de sport. DONALD ET GEORGES SONT DANS UN BATEAU Les marques Healey et Nash n’avaient pas de raison particulière de de travailler ensemble. C’était sans compter sur le destin et une passion pour… la photographie. La création des Nash Healey est en effet le résultat de la rencontre fortuite de Donald Healey avec George W. Mason, président de Nash-Kelvinator. C’est sur un bateau, le Queen Elisabeth, que les deux hommes se rencontrent, au beau milieu de l’Atlantique. Alors qu’il se promène sur le pont du bateau, Donald Healey voit George Mason réaliser des clichés avec une caméra stéréo 3D. Un appareil de connaisseur, rare à l’époque, qui pousse Donald à aller à la rencontre du photographe. Ce n’est qu’après avoir longuement discuté photographie que les

Sous le capot
À HEALEY SONT QUASI NULLES. deux hommes se trouvent d’autres centres d'intérêts en commun. Ce jour-là, Donald Healey traverse l'Atlantique en direction des Etats-Unis pour honorer un rendez-vous avec Edward Cole, patron de Cadillac. Son objectif est d’obtenir de Cadillac une fourniture de moteurs pour son modèle Silverstone. Donald Healey veut remplacer le bloc 4 cylindres Riley par le moderne V8 5,4 litres de Cadillac. La marge de manœuvre de l’Anglais est très limitée, sa société est au bord de la faillite. De son côté, George W. Mason rentre d’Europe après avoir fait le tour des salons automobiles du Vieux Continent et découvert les premières voitures de sport d’après-guerre. Les deux hommes déjeunent ensemble et Mason confie ses doutes à Healey. Les chances que Cadillac accepte de fournir des moteurs à Healey sont quasi nulles pour une raison très simple : Les chaînes de production de Cadillac tournent déjà à plein régime, et peinent à fournir assez de moteurs pour la marque. Dans ce contexte, Cadillac n'a aucun intérêt à vendre des moteurs à d’autres constructeurs. NASH-HEALEY, L’ASSOCIATION Comme pressenti, Cadillac refusera de fournir des moteurs à Healey. Et comme promis au cours de ce voyage en bateau, Healey ne tarde pas à reprendre contact avec son nouvel ami photographe. Mason, en vrai capitaine d'industrie, va lui proposer un projet bien plus ambitieux que la simple fourniture de moteurs. Healey va fabriquer une voiture sportive, motorisée par un moteur Nash. L’idée est d’étoffer le catalogue Nash avec la première vraie sportive américaine d’après-guerre. Pour Healey, plus besoin de chercher de fourniture moteur et surtout, adieu les dettes avec un juteux contrat qui lui permet de solder son découvert à la banque. En 1950, un premier prototype de Nash Healey reprend la carrosserie élargie de la Healey Silverstone dotée d’un vrai pare- brise et d’un bloc Nash 6 cylindres de 3 848 cm3, retravaillé par Healey pour sortir 125 ch. Mais cette solution cosmétique est vite abandonnée. On se tourne vers le carrossier Panelcraft de Birmingham qui réalise une carrosserie en aluminium sur une ossature acier. Nash expédie moteur, boîte et pont en Angleterre, dans l'usine Healey de Warwick qui fabrique le châssis pour assembler ce qui devient une Nash Healey de 125 ch grâce à deux carburateurs SU, une révision du dessin de l'arbre à cames et de la tubulure d'admission, et de l’augmentation du taux de compression. La voiture est présentée au Salon de Paris en octobre 1950, avant d’être exposée au Salon de Chicago en février 1951. Première voiture de sport américaine, lancée deux ans avant la Chevrolet Corvette et trois ans avant la Ford Thunderbird, la Nash Healey ne peut malheureusement compter sur le sex-appeal des MG, Triumph ou autres Jaguar XK120 qui plaisent tant à Hollywood. Pour enfoncer le clou, Nash Healey refuse de prêter son modèle aux journalistes spécialisés. Il se dit que cette anglo-américaine ne dépasserait pas les 160 km/h contre 200 annoncés. DEUXIÈME TENTATIVE Après seulement une centaine d’exemplaires vendus, Mason ne s’avoue pas vaincu et demande à Pinin Farina de se pencher sur le cas de la Nash Healey. La calandre englobe désormais les phares, le pare-brise est plus incurvé, et la carrosserie se montre davantage dans l’air du temps. Tout est en acier, sauf le capot moteur et la porte de coffre qui sont en aluminium. Mason va utiliser le nom Pinin Farina, déjà réputé dans le monde entier, sur ses brochures publicitaires. Dotée du 6 cylindres de 4,1 litres vu sur l’Ambassador, la Nash Healey “Pinin Farina” tutoie désormais les 140 ch grâce à ses carburateurs SU (Skinner Union) et peut affronter les Corvette et Jaguar XK 120. Nash fournit également un embrayage Borg & Beck et une boîte trois vitesses Borg Warner. Sur le papier, tout va bien, la voiture ne manque pas d’élégance et la marque compte bien capitaliser sur l’engagement, réussi, d’une Nash Healey aux 24 Heures du Mans. En effet, dès 1950, deux exemplaires spécialement carrossés et armés du 6 cylindres Nash sont au départ de la course d’endurance. Grâce à ses 140 Exotique NASH HEALEY LE MANS
Evidemment, pour les fans d'américaines on est ici un peu dérouté : ça respire le confort anglais et le style italien !

Carrosserie et style
ch, la voiture tape le 200 km/h en ligne droite et termine à une très honorable 4e place au général ! L’année suivante, une Nash Healey Coupé prend la 3e place de sa catégorie et la 6e au général. En 1952, face aux Mercedes, Talbot, Cunningham, Ferrari, Lancia ou Aston Martin, la numéro 10 s’offre la 1ère place de sa catégorie et la 3e au général. Après une nouvelle participation en 1953, les associés Nash et Healey décident de transformer ces podiums en version de série. La Nash Healey Le Mans est née. UN NOM PRESTIGIEUX ET UN PRIX ÉLITISTE Dès 1953, est présenté le coupé Le Mans, qu’on retrouve dans ces pages. Les exploits de la jeune firme au Mans sont encore présents dans les esprits et la belle offre 140 ch et une vitesse de pointe de 180 km/h. Mais ne vous y trompez pas, cette Le Mans tient davantage du Grand Tourisme que de la sportive. Avec son style élégant typiquement turinois, elle reçoit le trophée de la plus belle carrosserie au Salon de Turin et le concours d’élégance de Stresa en Italie. Malheureusement, la logistique va avoir raison de l’avenir commercial des Nash Healey. Les moteurs et transmissions partent de Kenosha, dans le Wisconsin, avant d’être expédiés en Angleterre pour être montés sur les châssis Healey. Cet assemblage est ensuite acheminé en Italie, où les artisans de Pinin Farina façonnent la carrosserie et terminent l'assemblage. Une fois terminées, ces Nash Healey retournent à l’envoyeur, aux Etats-Unis, principal marché de la marque. Evidemment ces aller-retours plombent la rentabilité du projet et le tarif atteint les 5 908 dollars sur le millésime 1953. C’est 1 500 dollars de plus que la nouvelle Chevrolet Corvette et 1 000 de plus que la séduisante Jaguar XK 120. La demande ne cesse de baisser, avec seulement 162 coupés et cabriolets vendus en 1953. En 1954, les concessionnaires sont contraints de brader les 90 dernières Nash Healey Le Mans produites. L’arrivée annoncée de la Ford Thunderbird, à un tarif de 3 000 dollars finit de plomber la Le Mans. UN BEL EXEMPLAIRE EN FRANCE Se rendre chez Paul’s Classic Cars, vendeur bien connu de classiques en Normandie, c’est quasiment entrer dans un musée avec 400 véhicules de collection à vendre. Mais celle qui attire les regards aujourd’hui c’est bien cette Nash Healey Le Mans Coupé, de 1954, dernière année de production si vous avez suivi. Importée de Californie en 2017, elle cache sous son capot le moteur Jetfire 6 cylindres 4 138 cm3 couplé à une boîte mécanique à trois rapports + overdrive. Ce modèle fait donc partie de la petite centaine de coupés produits, et se trouve dans un bel état. Une fois au volant, le sentiment de rouler dans un engin unique ne nous quitte plus. On a l’odeur de l’américaine et le bruit. L’ambiance intérieure avec sa sellerie crème pourrait évoquer les belles anglaises mais les compteurs, et l'accastillage intérieur nous emmènent plutôt du côté de Turin, cocktail absolument unique ! Avec sa carte grise française collection et sa révision complète, cette nNsh Healey sera à vous pour le tarif d’un SUV allemand d’entrée de gamme. Sauf que votre voisin n’est pas prêt d’avoir la même : Paul’s Classic Cars, tél. 02 33 45 58 24, www.pauls-classic-cars.fr Exotique NASH HEALEY LE MANS APRÈS UNE NOUVELLE PARTICIPATION AU MANS EN 1953, LES ASSOCIÉS NASH ET HEALEY DÉCIDENT DE TRANSFORMER CES PODIUMS EN VERSION DE SÉRIE. Le 6 en ligne Nash a montré de la ressource au Mans !





Cet article est extrait de Nitro #334, paru le 08/05/2025. Retrouvez tous les numéros sur la page Kiosque.