Pick-up · 21 janvier 2025
Chevrolet 3100 1954
Amant, photos Fabrice Berry Ets Potier CHEVROLET 3100 1954 Vous appelez le couvreur, et il ne vient pas avec un Renault Master électrique flambant neuf, mais avec un bon vieux pick-up Chevy des fifties ! Et là vous vous dites que Potier & fils depuis 1965, c’est quand même la bonne adresse… God’s gonna cut you down, Johnn…
Amant, photos Fabrice Berry Ets Potier CHEVROLET 3100 1954 Vous appelez le couvreur, et il ne vient pas avec un Renault Master électrique flambant neuf, mais avec un bon vieux pick-up Chevy des fifties ! Et là vous vous dites que Potier & fils depuis 1965, c’est quand même la bonne adresse… God’s gonna cut you down,
Sous le capot
Q u’avaient de disponible nos artisans en 1954 pour véhiculer leur matos ? Sans surprise, le sacro-saint triumvirat franchouillard est déjà là ! Peugeot D3/D4 « nez de cochon », Citroën « Hachis Grec », et le « Mil’Kil’ » Renault, plus poétiquement appelé plus tard Voltigeur ou Goélette suivant sa charge utile… Pas de quoi faire bander un âne, comme on dit encore dans certains coins des tréfonds de l’Auvergne, du côté de Bulhon ou de Lezoux, pour ceux qui connaissent ces lieux hautement touristiques… Trêve de private joke mis à part, y avait-il au moins un artisan de l’Hexagone qui avait opté pour un Chevrolet pick-up 3100 cette année-là ? La main de mon voisin à couper que ce n’était même pas importé ! Il n’empêche, selon Franck Potier, couvreur-ferblantier de son état, son père aurait pu être ce gars-là… PASSION CONTRE COUP DE FOUDRE « Ce véhicule a été importé et appartenait à mon pote Henri de chez Greaser Import ; j’ai eu le coup de foudre sur cet engin que mon père aurait pu avoir au début de sa carrière, preuve en est que quelques anciens de sa génération m’ont déjà fait la remarque : « Il avait ça P’tit Guy (mon père) ?, je ne m’en souvenais pas ! » entame Franck en présentant son Chevy. Et de s’affranchir d’un rapide historique : « Provenance de la ville de Leicester dans le comté de Worcester dans le Massachusetts. Il appartenait à un dénommé David Cletus Blasingame ». On le sait tous, un coup de foudre vous amène forcément à faire des sacrificies. Franck n’était pas là par hasard quand il a croisé ce pick-up chez Greaser Import : « Quand Henri décide de le vendre, j’avais entrepris de restaurer le coupé Mustang 1967 avec lequel je roulais depuis quelques années. Débordé de travail, et devant la tâche titanesque se présentant à moi avec mes maigres compétences en carrosserie et en mécanique, conseillé par ma femme, la passion l’a emporté sur la… passion. Début 2021, avec un pincement au cœur tout de même, une rencontre fortuite avec un jeune professionnel courageux m’a décidé à me séparer de ma sexy Mustang blanche intérieur rouge ! Putain qu’elle était bien quand même ! De toute manière, j’avais interdit formellement à Henri de vendre le pick-up à un autre que moi sous peine que la foudre s’abatte sur sa carcasse ! ». PISSER DESSUS Bien. Maintenant que le Chevy est entré dans le garage de Franck, les travaux et modifications diverses peuvent commencer : « Les entrailles d’origine n’étant pas récupérables, des travaux avaient déjà été réalisés. Une Camaro 75 a fait don de ses organes vitaux et c’est ainsi que le moteur de 350 ci et son pont se sont greffés sur la bête, ainsi qu’une boite de vitesses automatique TH 350. Aucun rejet de la greffe et l’animal peut rugir… d’ailleurs, compte tenu de sa voix, j’évite de passer deux fois dans la même rue ». Franck décide ensuite de poursuivre une personnalisation à son goût : « Avec mon plus jeune fils soudeur, on a réalisé un porte-roue de secours – très difficile à trouver d’origine – et la jante 5 trous tout aussi rare provient d’un Peugeot Boxer qui a subi les assauts de la tronçonneuse et du poste à souder. La casquette commandée est arrivée sans fixations et le délai pour en faire venir m’a permis de réaliser une très belle patine… à l’urine… Durant trois mois, tous mes visiteurs qui venaient prendre une petite mousse à mon atelier avaient pour mission avant leur départ de participer à l’ouvrage, les jeunes compagnons charpentiers s’en souviendront ! Un coup de téléphone à l’ami Michel au hasard et le hasard fait bien les choses puisque ce vieux fouineur se trouve aux Etats-Unis sur le plus grand swap meet de Pomona et, bingo, les pièces de fixation sont ok, quant à la patte centrale on s’en est occupée home made. L’aspect patina correspond bien au véhicule,

IL A FALLU ABANDONNER UNE MUSTANG 1967 POUR ACCUEILLIR LE CHEVY 1954. Look patina, casquette façon low rider, habitacle quasi stock : Ce pick-up Chevy est un véhicule de travail quotidien !
Cote mecanique
la couche de vernis mat la protège même si la patine va évoluer et il couche bien évidemment au chaud dans mon hangar. Le plancher de la benne est en lames de sapin que j’ai brûlées au chalumeau et enduites d’huile de lin. L’équipe très compétente des Brothers Custom, basée à Chinon, gère les travaux spécifiques. Les prochains travaux : le ciel de toit et les intérieurs de portières en peau de vache et pourquoi pas un train roulant plus apte à supporter la puissance du moteur mais pas de air ride ! Le circuit électrique doit aussi être revu ». QUESTION FAMILIALE « Ce véhicule est un peu le prolongement du métier que j’accomplis depuis quarante- quatre ans et j’en ai fait un véhicule de famille. Etant couvreur de grand-père en petit-fils, j’ai demandé à Marie-Laure, une cliente décoratrice, de peindre à l’huile, une jolie publicité d’époque. Ce pick-up ne sera donc jamais à vendre ! Pour la petite histoire et avec des explications potaches, je souhaite que des objets symboliques me rappellent mes proches : le porte-roue de secours pour un de mes fils, Axel le plus jeune, le décapsuleur au milieu de la roue de secours offert par Louis, mon autre fils, et la peau de vache par ma… femme… Bon d’accord, je sors… ». Franck a fait de ce truck un outil de travail mais aussi une sorte d’héritage familial. Et au-delà de ces considérations, le Chevy est presque idéal pour tout : « J’aime me promener le week-end avec pour aller sur des rassemblements, je peux également attacher ma vieille Harley Davidson dans la benne, qui en fait un combo sympa. Je vais parfois chez des clients plus avisés et chez mes fournisseurs et, là, je leur demande une ristourne en leur faisant remarquer que j’ai grignoté le bénéfice de mon chantier en carburant… Ce véhicule a réellement un capital sympathie et tous les gens que je croise ont la banane. Je ne fais partie d’aucun club, juste une bande de potes qui profite de la vie, des bons casse-croutes et des bons glou-glou, et oui, nous sommes tout de même en Anjou… » ROLLING POTIER La passion des américaines, Franck l’a indéniablement : « Je possède un extraordinaire Pan Head de 1950 depuis trente-cinq ans… Un vrai ! Un Softail Héritage de 1991 depuis peu, une valeur sûre et moins contraignante, pour rouler plus facilement avec ma famille ». Pour autant, la dimension affective et familiale reste le credo de Franck qui n’oublie pas que, chez lui, tout se passe de père(s) en fils. Et du coup : « Le prochain projet est de rénover la Mercedes coupé 230 CE de 1982 de mon Paternel. Et tout ça bien sûr ne sera jamais à vendre et restera dans la famille et sera surtout fait pour rouler ! » Ça nous va… Besoin d’un couvreur-ferblantier dans la région de Montreuil-Bellay ? Franck est là : tél. 06 80 14 91 20, toiture.potier@orange.fr

Carrosserie et style
FRANCK A FAIT DE CE TRUCK UN OUTIL DE TRAVAIL MAIS AUSSI UNE SORTE D’HÉRITAGE FAMILIAL. La plus grosse modif est là : un simple com- bo 350/350 de Camaro des années 70, qui va bien pour tous les jours…






Cet article est extrait de Nitro #332, paru le 09/01/2025. Retrouvez tous les numéros sur la page Kiosque.