Visite atelier · 8 mai 2024
Museum D-Day Omaha
– 80 ans D-Day VISITE / MUSÉE D DAY OMAHA INFOS PRATIQUES • Adresse : Route de Grandcamp, 14710 Vierville-sur-Mer. Tél. 02 31 21 71 80, d.dayomaha@orange. fr, dday-omaha.fr • Horaires d’ouverture : avril-mai-septembre : 10h30/18h ; juin-juillet-août : 10h/19h ; octobre-novembre : contactez le musée. • Tarifs : adulte 7 €, enfant (8-15 ans) 4 €…
ans D-Day VISITE / MUSÉE D DAY OMAHA INFOS PRATIQUES • Adresse : Route de Grandcamp, 14710 Vierville-sur-Mer. Tél. 02 31 21 71 80, d.dayomaha@orange. fr, dday-omaha.fr • Horaires d’ouverture : avril-mai-septembre : 10h30/18h ; juin-juillet-août : 10h/19h ; octobre-novembre : contactez le musée. • Tarifs : adulte 7 €, enfant (8-15 ans) 4 €, tarif réduit 5,50 € (étudiants, militaires, journalistes, handicapés, sur présentation de la carte), gratuit moins de 8 ans, vétérans de la 2e GM. • Infrastructure : parking gratuit. Chasseur DE TRÉSORS Des collectionneurs d’objets du Débarquement ou même, plus largement, de la Seconde Guerre mondiale, vous en trouverez beaucoup. Mais il faut savoir trier les dilettantes des acharnés et des connaisseurs. La Famille Brissard – père et fils – a cette fibre de chasseurs de trésors insatiables. En résulte un musée à Vierville-sur-Mer pas tout à fait comme les autres. On ouvre la malle ? 80 ans D-Day – 33 ▶ Par Thibaut Amant – Photos Vincent Lyky L es grandes collections font souvent les plus beaux musées. Il en va ainsi du monde de l’Art comme de celui de l’Histoire. Dans ce hors-série, vous croiserez le destin de grands accumulateurs, de dénicheurs de haut vol, de chercheurs pointus… Citons parmi ceux rencontrés à l’occasion de l’écriture de ce guide des gens comme Emmanuel Allain, Patrick Fissot ou encore la Famille Leloup. Evidemment, les écrins varient suivant les ambitions, les moyens, mais vous trouverez à coup sûr de véritables trésors historiques dans ces collections. Ainsi en est-il aussi du Musée D Day Omaha de la Famille Brissard. Situé sur les hauteurs de Vierville-sur-Mer, le bâtiment en lui-même est un monument. C’est Antoine Brissard qui nous le présente : « Mon père a eu l’opportunité de racheter ce bâtiment historique, qui a été le premier construit par les alliés pour accueillir les blessés arrivant de la plage. Il était en bas, il a été remonté ici après-guerre. Il a même servi de cinéma municipal. En lui-même, le bâtiment est déjà un trésor ». Et c’est bien le maître-mot qui entretient la flamme de cette famille depuis les années 70… UN ÉTAT D’ESPRIT Michel Brissard est né en 1945. Dans les années 70, comme beaucoup de Normands, il s’est intéressé à la mémoire des années de guerre et aux objets liés.
Sous le capot
La collection a commencé comme ça : en s’intéressant aux choses, aux gens, aux histoires, aux anecdotes. A l’envie de conserver et montrer. Et Michel Brissard s’est lancé progressivement dans de véritables chasses aux trésors : sur les renseignements de l’un, sur le témoignage d’un autre, des indications d’emplacement, de cachettes secrètes, d’enfouissements. Michel a gratté, creusé, remué, dégagé, découvert, déterré de plus en plus d’objets, entraînant dans son sillage ses deux fils nés dans les années 80, Antoine et Fabien : « On a passé notre jeunesse à faire des fouilles dans les bois, les greniers, à ramasser tout ce qu’on trouvait : mon père avait une dimension plus mature et cherchait des pièces réellement rares et 34 – 80 ans D-Day historiques, nous, nous étions obnubilés par la chasse aux trésors pure. Devenus adultes on a encore le virus, et on cherche toujours des pièces inlassablement » raconte Antoine. Même si les temps ont bien changé en trente ou quarante ans : « On achète encore des pièces malgré les prix. Aujourd’hui, on est passé de la mémoire à l’Histoire, c’est plus médiatisé. Les contextes géopolitiques ont aussi bougé depuis la Guerre. Mais on sait encore où fouiller, même si ça n’a plus rien à voir avec la grande époque. Aujourd’hui c’est un réseau de collectionneurs. Il y a encore des opportunités, j’ai trouvé un casque sur la plage il y a deux ans, un moteur d’avion dans les campagnes. Il y a aussi des adresses qui circulent, il faut mener des investigations. Ce sont des pièces d’histoire, elles ont pris de la valeur. Et sont devenues rares sur le marché ». L’HISTOIRE… D’UNE FAMILLE Mais Antoine Brissard ne parle pas d’argent ou très peu, la motivation n’est pas de faire fortune en revendant, loin de là. Comme pour leur père, les deux frères – qui ont pris la suite – ont toujours la volonté du travail de mémoire et surtout de trouver des trésors : « On les expose ensuite pour créer une médiation, racontrer nos trouvailles, comment on les a découvertes, et faire les Légende ▶ VISITE / MUSÉE D DAY OMAHA L’agenda 2024 1-8 juin tarif préférentiel de 5 € pour tout le monde durant la semaine des commémo-rations. Durant cette période, aux abords du musée vous trouverez l’Omaha Camp, réalisé par des reconstitueurs, aussi bien côté allemand qu’américain, avec aussi une exposition de véhicules. 2 juin Tank Day, démonstration sur un terrain, en partenariat notamment avec Military Machine, des collectionneurs privés et des associations. Ce projecteur a été remis en état d’usage et sert à l’occasion pour les commémorations.
Le decor
Ci-contre, cette « cloche » de 60 tonnes vient de Chebourg et constituait la partie visible d’un bunker de deux étages.Notez les impacts d’obus ! 80 ans D-Day – 35 « Le bâtiment de ce musée est en lui-même un élément historique important. » – FOCUS – La machine Enigma « Nous n’avons pas de thématique à proprement parler, mais nous avons désormais tendance à cibler notre propos sur la désinformation durant la guerre, la cryptologie, les données cachées, tout ce qui a permis le Débarquement finalement, tout ce qui touche au secret, localement et internationalement » raconte Antoine en s’approchant d’un véritable trésor. Une de ces fameuses machines Enigma, qui a permis aux Allemands d’utiliser un code de transmission réputé indécodable ! Sauf par le scientifique anglais Alan Turing, qui mettra au point un véritable ordinateur pour y parvenir… Non seulement la machine est rare, mais celle de la Famille Brissard ajoute encore un destin incroyable : « Cette machine vient d’une brocante, la personne croyait que c’était une machine à écrire, mon père l’a achetée 50 F à l’époque. Elle est rentrée dans la collection du musée et, en 2008, il y a eu un braquage armé ici ! La caissière a été séquestrée, et ils ont pris l’Enigma. Les braqueurs se sont révélés être basés sur Paris : ils se sont rendus au Poilu qui est un fameux surplus militaire, pour essayer de la revendre. Evidemment la Gendarmerie a été prévenue et un piège a été tendu. C’est comme ça qu’on a récupéré notre Enigma. C’est une trois rotors, donc soit de l’armée de terre ou de l’air. La marine avait les plus complexes à quatre rotors. Il y avait ordre de les saboter pendant la guerre ». 80 ans D-Day – 35 36 – 80 ans D-Day passeurs d’histoire. Le musée a été créé en 1999 par mon père. Après son décès en 2012, malgré nos activités professionnelles respectives, nous avons décidé mon frère et moi de poursuivre l’aventure ». Et en écoutant Antoine expliquer comment tel ou tel objet a été récupéré ou trouvé, on entend cette fièvre qui l’anime, celle d’un véritable aventurier. Ce qui fait de ce musée un assemblage épais, touffu, sans concordance immédiatement lisible… C’est comme si l’on ouvrait nous-même un grenier secret ! « On n’a pas de thématique particulière, on mixe du matériel de toutes les armées, mais notre point de vue est de proposer à l’exposition des choses très qualitatives et rares, des trésors donc. Du vrai haut de gamme pour les puristes, mais qui soit accessible au plus grand nombre. L’exposition dépasse le cadre normand. On porte un propos hétéroclite. Pour l’instant on est à l’étroit, on n’a pas le choix.
Le projet du proprietaire
On raconte ici avant tout l’histoire de notre famille de chasseurs de trésors ». Et c’est passionnant ! Et surtout on ne vous dit pas tout ce que vous pourrez voir, on préfère vous laisser beaucoup de surprises, et croyez-nous, vous n’êtes au bout ! ■ « La plupart des Goliath n’ont pas survécu,ils étaient programmés pour exploser ! » Il faudra être attentif et prendre le temps de poser ses yeux partout, tant les trésors de la famille Brissard sont nombreux et la place comptée pour les exposer… VISITE / MUSÉE D DAY OMAHA – FOCUS – Le mini-char Goliath Le Goliath – de son nom technique Sd.Kfz.302 – est un petit engin chenillé téléguidé utilisé par la Wehrmacht lors de la Seconde Guerre mondiale. Il disposait d'une charge d'explosifs de 60 à 100 kg, pouvant être actionnée à distance, afin de détruire un char ou une place fortifiée. Chaque Goliath était prévu pour être détruit avec sa cible. Bien qu'un total estimé de 7 564 Goliath des deux modèles (thermique et électrique) ait été produit, cette arme à usage unique est par définition devenue donc très rare. Et vous trouverez donc un Goliath parmi les plus beaux exemplaires survivants au Musée D Day Omaha : « Ce Goliath était enterré dans un coin que mon père a pu déterminer suivant des témoins de l’époque, après avoir délimité un périmètre il y est allé avec une pelleteuse. C’était au début des années 80. Un Goliath, c’est introuvable. Nous avons la version thermique, il est complet et d’origine, il nous manque juste la télécommande » explique Antoine Brissard. Mais il y a encore mieux : « Nous avons aussi le rack de transport pour quatre goliath qui est aussi exposé ». 80 ans D-Day – 37 Photos xxxx Ils sont une poignée à travailler aux côtés des frères Brissard à la bonne marche du musée. Cécile Robert fait partie de l’équipe et se trouve tout autant passionnée et pointue sur le plan historique… Est-il encore possible de faire des trouvailles ? Cécile Robert : Ce qui est fou c’est de trouver encore des choses par hasard. Les casques, par exemple, sortent de plage facilement à chaque tempête ou grande marée. La houle creuse régulièrement. Après chaque événement météorologique, il y a foule sur la plage. Tout le monde espère la « trouvaille fortuite » légale. Il n’y a pas de fouille, c’est interdit. Bon, quatre-vingt ans ans après, c’est tout de même bien mangé par la corrosion. Arrivez-vous à être encore étonnée par les découvertes de « trésors » ? Cécile Robert : Beaucoup de gens héritent encore d’objets dont ils ne savent rien et cherchent à s’en débarrasser.
L’ambiance
Certains font monter les prix parce qu’ils voient ce qui se passe sur internet, mais pas toujours… Il y a aussi beaucoup d’objets mal identifiés car liés parfois à des opérations très secrètes, comme la panoplie anglaise de plongeur autonome que nous avons au musée. Il faut être vraiment connaisseur ou curieux pour trouver l’information. Quand on tombe sur ce genre d’objets, c’est toujours plus excitant. Cela peut aussi être des énigmes historiques, comme ce gilet de sauvetage de parachutiste trouvé sur Omaha en 2021 : il n’y a pas eu de parachutage à cet endroit, officiellement en tout cas. Ça soulève encore des questions historiques, tout n’est pas démonté de A à Z. La semaine du 6 juin sera particulière en 2024 ? Cécile Robert : Oui, nous avons mis en place tout un programme. Ce que nous voulons c’est rendre le musée le plus accessible possible durant cette semaine-là, avec un tarif très serré. A noter aussi que tout au long de l’année, nous travaillons en partenariat avec plusieurs associations, comme une près de Dieppe qui réhabilite les bunkers. Nous ne faisons pas qu’un travail d’exposition, nous sommes toujours en recherches historiques et curieux. Cécile Robert Accueil et visite du musée Ce fusil allemand FG42 est à la fois une pièce rare et une véritable aventure pour la famille Brissard : à vous de venir la découvrir. EN MARGE DU MUSÉE… Port Mulberry Grâce à l’association Les passerelles d’Omaha, les élus de la commune et la DRAC de Caen, les passerelles Whale, éléments du port artificiel Mulberry à Omaha Beach, sont depuis quelques années inscrites au registre des monuments historiques. Un sauvetage (in)espéré pour ces reliques qui ont failli être ferraillées ! Grâce à Barthelemy Ballester, leur destin à basculer en 2001 : en visitant le Centre National des Ponts de Secours en Seine-et-Marne, ce Normand d’adoption découvre que les dernières passerelles du port artificiel d’Arromanches et de Vierville-sur-Mer en état y sont posées là mais à l’abandon depuis 1949… Barthelemy demande alors à pouvoir récupérer ces éléments destinés à la ferraille. Au bout de deux ans, on lui accorde le tout pour un franc symbolique et il devient propriétaire de 676 tonnes de ferraille ! Où les mettre ? Le musée d’Arromanches n’en veut pas. C’est finalement Michel Brissard, du musée D Day Omaha de Vierville-sur-Mer, qui s’y intéresse et fait revenir en Normandie les pièces détachées des cinq passerelles, réassemblées en 2004 via l’association. Elles avaient été installées en 1944, en mer, juste en face de Vierville-sur-Mer. Avec leur 2 km de leur long, elles servaient à débarquer du matériel. Dix jours après leur installation, une tempête a pratiquement tout détruit.












Cet article est extrait de Nitro Hors-Série n°5, paru le 26/04/2024. Retrouvez tous les numéros sur la page Kiosque.