Visite atelier · 26 avril 2024
Utah Beach, Musée du Débarquement
– 80 ans D-Day VISITE / UTAH BEACH MUSÉE DU DÉBARQUEMENT 80 ans D-Day – 23 ▶ Construit à l’endroit même où les troupes américaines ont débarqué le 6 juin 1944, le Musée du Débarquement de Utah Beach a ciblé son exposition didactique sur le D-Day – le Jour J – en dix séquences… Décortiquée et scénographiée, l’Opération prend ici une dimension sup…
ans D-Day VISITE / UTAH BEACH MUSÉE DU DÉBARQUEMENT 80 ans D-Day – 23 ▶ Construit à l’endroit même où les troupes américaines ont débarqué le 6 juin 1944, le Musée du Débarquement de Utah Beach a ciblé son exposition didactique sur le D-Day – le Jour J – en dix séquences… Décortiquée et scénographiée, l’Opération prend ici une dimension supplémentaire. Anatomie D’UN JOUR J L ’endroit est impressionnant. Il faut commencer par se faufiler sur la plage, derrière le musée, pour s’imprégner du lieu, de l’atmosphère qui y règne encore malgré les chevaux paisibles qui passent aujourd’hui au trot. Ensuite, il y a le Monument dédié à ceux qui ont péri sur ce sable, américains et membres aussi des FAFL (Forces Aériennes Françaises Libres) ce 6 juin 1944 de triste et héroïque mémoire : à la fin de la journée plus de 23 000 soldats américains auront réussi à débarquer là… Puis l’on se dirige vers ce Musée. Vaste bâtiment étendu, érigé sur un ancien bunker, et à l’architecture moderne… La visite est à la fois didactique par la richesse de ses informations et immersive Par Thibaut Amant – Photos Vincent Lyky 24 – 80 ans D-Day « 275 exemplaires de ce type de bombardiers ont participé au D-Day. » VISITE / UTAH BEACH MUSÉE DU DÉBARQUEMENT 80 ans D-Day – 25 – FOCUS – Le bombardier Martin B-26G- 25-MA L’engin est impressionnant sous son écrin en verrière : c’est en 2011 que le B-26 Marauder a quitté le Musée du Bourget pour venir s’installer au Musée du Débarquement. Démonté, repeint aux couleurs du 553e Squadron de l’US Air Force (Dyna Might) qui a participé au D-Day, transporté, puis remonté, son exposition a été inaugurée en présence du lieutenant-gouverneur du Texas, David Dewhurst, dont le père a commandé le 553e Squadron ! C’est pour lui rendre hommage que David Dewhurst a financé l’opération de restauration et de transport de ce B-26, grâce à des dons récoltés au nom de la Fondation portant le nom de son père. 275 exemplaires de ce type de bombardiers ont participé au D-Day. Il n’en reste que 3 au monde… Caractérisé par ses ailes courtes (20 m d’envergure), ses 16 tonnes armé, ses deux moteurs Pratt et Whitney de 1 850 ch chacun, le Martin B-26 était aussi surnommé « widows maker » (faiseur de veuves). Il est aujourd’hui l’une des pièces maîtresses du Musée du Débarquement, en tout cas la plus imposante ! ▶ 26 – 80 ans D-Day par la scénographie et la puissance de la collection exposée. Dix séquences chronologiques permettent de comprendre la préparation et les enjeux de ce D-Day, jusqu’à la présentation dans la salle de cinéma du musée du film La palge de la victoire (avec ses archives inestimables), récompensé il y a dix ans d’un Golden Eagle award. D’un bout à l’autre de cette fantastique exposition, vous trouverez en chaque objet, document, arme ou véhicule exposés, l’émotion intense qui a animé la plage de Utah Beach dans son rendez-vous avec l’Histoire… C’est évidemment une visite incontournable, aussi bien pour qui veut appréhender le D-Day, comme pour le connaisseur pointu du sujet qui trouvera là aussi, dans le détail, matière à aller de plus en plus loin dans la connaissance de cette date-clé de l’histoire mondiale. ■ « Il y a ici moyen d’aller très loin dans les informations historiques affichées. » De nombreux objets témoignent de la vie militaire et personnelle des soldats. Les vitrines montrent la plupart des équipements militaires de l’époque. INFOS PRATIQUES • Adresse : La Madeleine, D70, 50480 Sainte-Marie- du-Mont. Tél. 02 33 71 53 35, musee@utah-beach. com, utah-beach.com • Horaires d’ouverture : ouvert tous les jours de mai à septembre, de 9h30 à 19h, ouvert tous les jours sauf 25 décembre et 1er janvier d’octobre à avril, de 10h à 18h. • Temps de visite moyen : 2 heures.
Sous le capot
Fermeture de la billetterie 1h avant fermeture. • Tarifs : adulte 8,50 €, enfant (6-15 ans) 5 €, visite guidée sur réservation (reservation@ utah-beach.com, français et anglais) 2,50 €/pers. (45 mn, intérieur), 5 €/pers. (1h30, intérieur et extérieur). Groupe adultes 6,50 €/pers. (chauffeur, accompagnateur gratuit). Scolaires 4 €/élève (1 accompagnateur gratuit pour 8 élèves). Le musée est accessible aux personnes en situation de handicap moteur, auditif, mental et visuel (tarif 7,50 €, gratuit pour l’accompagnateur). Un fauteuil roulant est mis à disposition à l’accueil. • Pour les scolaires, les ateliers et la chasse au trésor sont à 3,50 €/élève. • Gratuité pour les enfants de moins de 6 ans, vétérans WWII, professionnels du Tourisme, habitants de Sainte-Marie-du-Mont. • Infrastructure : parking gratuit. Restaurant indépendant devant le musée, aire de pique-nique. Boutique dans le musée. VISITE / UTAH BEACH MUSÉE DU DÉBARQUEMENT 80 ans D-Day – 27 L’histoire de votre famille pendant la guerre fut particulièrement dramatique… Charles de Vallavieille : On est issu d’une famille de militaires. Mon père, Michel, avait perdu ses deux frères officiers en 1940, à l’arrivée des Allemands dans le nord de la France. Puis il s’est retrouvé dans les camps de jeunesse… De retour chez lui, le matin du 6 juin 1944, il s’est fait tirer dans le dos par les Américains. Il s’est retrouvé pendant huit mois à l’hôpital en Angleterre. A Sainte- Marie, après-guerre, il fallait compter sur la jeunesse locale pour tout reconstruire : mon père s’est présenté et a été élu maire en 1949. Il l’est resté jusqu’à son décès en 1991… C’est lui qui est à l’origine du Musée.
Genese du modele
Mais ce fut une histoire compliquée. Il y avait eu un premier monument érigé, celui qui est à quelques dizaines de mètres du Musée, en haut des marches, inauguré le 11 novembre 1944 par les Américains et commémoré une première fois le 6 juin 1945 par les Français, la guerre n’était pas encore terminée. C’est la base du souvenir à Utah Beach. Mais la majorité des gens voulaient oublier ça, que Utah redevienne une station balnéaire. Mon père a eu toutes les peines du monde à faire accepter l’idée du premier musée, en 1962, basé sur le blockhaus, qui est désormais intégré dans la structure du musée actuel. Pourtant, cela a été un succès immédiat, dès l’ouverture au public, avec 20 000 visiteurs dès la première année. Comment le musée a-t-il évolué ensuite ? Charles de Vallavieille : Le musée est resté et reste municipal, et c’est exceptionnel pour une petite commune comme la nôtre. En 1991, la Région et le Département ont commencé à s’intéresser au patrimoine du Débarquement en vue du cinquantenaire. On a pu avoir des aides pour construire le musée avec vue sur la plage. En 2007, le fils du pilote de l’avion exposé nous a ensuite aidé financièrement pour faire évoluer le musée avec un architecte. Cette structure de mémoire est le phare de notre commune, c’est aussi une ressource économique pour la ville. La plus belle année a été 2019 avec 186 000 visiteurs. En 2023 on est revenu à 170 000 visiteurs environ, après un creux avec la COVID.
Les voitures
La moitié des visiteurs sont étrangers, beaucoup viennent d’Europe du Nord, de l’Est, il y a aussi des Espagnols. C’est très cosmopolite. Le monde vient à nous. Envisagez-vous d’autres évolutions dans l’avenir ? Charles de Vallavieille : Compte tenu de la loi littoral et du risque d’érosion, on ne peut plus agrandir. On fera simplement des modifications dans les expositions. Il y a dans la nouvelle génération des gens qui s’intéressent à nouveau à cette période de l’Histoire et un noyau dur s’est formé autour du musée pour y veiller. On devrait faire une petite partie en réalité virtuelle d’ici 2026. Je suis attaché à l’Histoire et on ne vient pas ici pour voir du « cinéma », donc je veux bien faire les choses sur ce point. La guerre n’est pas un jeu vidéo. Actuellement, la scénographie est faite dans l’ordre chronologique. Suivant vos intérêts et votre temps, il y a moyen d’aller très loin dans l’information sur le sujet, avec les nombreuses explications que nous affichons. Cela permet aussi de revenir, de le faire en plusieurs fois, d’autant que l’on change les objets de base régulièrement dans les vitrines. Cela fait vivre les dons que l’on reçoit. 95 % des objets sont des dons, depuis 1962 les gens ont confiance en nous et savent qu’il n’y aura pas de reventes à profit.
Le projet du proprietaire
Les objets de la Seconde Guerre ont aujourd’hui un prix qu’ils n’avaient pas il y a quarante ans. Nous exposons aussi des « prêts » : l’avion a un statut spécial, il appartient à l’Etat et vient du musée du Bourget. On a aussi le canon et le petit Goliath qui viennent du Musée des Blindés de Saumur. 2024 va être une année faste… Comment gérerez-vous l’affluence ? Charles de Vallavieille : Il y a dix salariés permanents, et l’été des vacataires viennent en renfort. Des étudiants font des stages longs, c’est une belle expérience pour eux. Je veille à ce que les personnes qui font les visites guidées soient impliquées et abordent les sujets importants. On a également un projet qui prend forme pour pouvoir consulter les archives. Ce sera pour les chercheurs, et situé dans le village. Quel programme est prévu pour la saison ? Charles de Vallavieille : Le 8 juin, un concert avec une énorme chorale est organisé par le Conseil Départementale, et nous aurons une prestation de l’orchestre de Baden- Baden. Une exposition temporaire sera mise en place sur les recherches archéologiques de Brécourt, et l’on expliquera l’intérêt de l’archéologie pour confirmer ou infirmer les dires des historiens. On trouve beaucoup de choses et cela permet de savoir où sont passés tels ou tels régiments. Les pillages d’objets trouvés cassent la réalité de l’Histoire, si on ne précise pas où ils ont été ramassés. Ce sont là les prémices de l’archéologie de cette guerre, si on ne le fait pas maintenant ce sera perdu. Maire de Sainte-Marie-du-Pont depuis 2020, Charles de Vallavieille a en charge évidemment la vie du musée, qui est municipal… et que son père a créé au début des années 60 ! Charles de Vallavieille Responsable du Musée du Débarquement Utah Beach Rencontre Rencontre










Cet article est extrait de Nitro Hors-Série n°5, paru le 26/04/2024. Retrouvez tous les numéros sur la page Kiosque.